16 mai 2008
Du linge en scène
Scène 1:
Les plis et les replis, les nœuds, les vides et les creux, du clair et de l’obscur sur les vêtements qui drapent les personnages de tableaux me ramènent à mes souvenirs d’étudiante en Art, où je devais peindre les plis du torchon d’une nature morte, ô combien académique… l'étude de drapé.
R. Peale -Venus Rising from the Sea- 1823
Mais après la représentation laborieuse et figée du simple tissu à essuyer la vaisselle, j’ai eu un attrait tout particulier pour le linge de maison. Le linge froissé, chiffonné, noué, les faux plis qui racontent leur histoire intime dans le boudoir; le linge dont les plis au fer chaud entraînent le classement par piles dans l’armoire; le linge brodé, nommé, lettré et même étiqueté, le blanc rehaussé de rouge, le lin ajouré, festonné, lié d’un ruban de soie et parfumé de brins de lavande me parle, touche et émeut mon âme d’artiste et de femme.
Scène 2:
I. Romanov 1955 J. Sloan 1915 E. Saglio XX s. C. Reis 1915
Femme d’une journée, d’une vie qui coud, lave et sèche, repasse ces tissus qui drapent de douceur et parfois d’élégance notre quotidien âpre et modeste ; fée du logis qui, par son labeur et son habilité, transforme un lieu de vie en scènes d’intérieur…
Silence, on tourne !
Isaac Soyer -Laundress- XX s.
Scène 3:
Que se passe t'il, dans les chambres, dites d’amour… Rideaux écartés, habits enlevés et jetés à la hâte, lit défait, lumière du matin. "Volupté de l'absence, luxure de blancheur, l'âme délivrée des pesanteurs survolant les dernières traces des corps" Bernard Faucon
J. S. Sargent -Chambre d'hôtel- 1907 William Orpen -Night- 1907
L'Odalisque brune, de F. Boucher, a suscité bien des émois. Tout le tableau est fondé sur le pli : pli à la fesse, pli au cou selon le même Y, pli de l’étoffe de velours bleu, pli du tapis, que le pied de la table vient d’agripper lorsque la jeune femme l’a approchée d’elle. Le pli s’oppose à la régularité géométrique du mur et du coussin. Le pli fait scène et concentre tous les plaisirs que la toile offre à l’œil : le pli apporte à l’œil la satisfaction scopique. Source.
Détail de l'Odalisque -1745- de François Boucher
Scène 4:
"Etre dans de beaux draps" Les draps ont longtemps désigné les habits. Autrefois, on disait "être dans de beaux draps blancs". Cette expression décrivait une situation honteuse. En effet, à cette époque, les gens accusés de luxure devaient assister à la messe habillés de blanc, ce qui devait faire ressortir les aspects "noirs" de leur vie. Jusqu'à la fin du XVIIe siècle, "mettre un homme en beaux draps blancs" signifiait le critiquer. "Etre dans de beaux draps blancs" voulait donc dire que l'on était sujet aux moqueries, que l'on était dans une mauvaise situation. De beaux draps ou le plaisir de la sieste.
Clap de Fin.

















