28 mai 2008
Près du phare
Un grand merci pour vos petits mots dans les commentaires, vos mails parsemés de petits chats ou d'image de poissons rouges, vos appels téléphoniques, vos livres voyageurs et bien à propos . Je vais bien, mais aujourd'hui, je suis très lasse ; accompagnée par la mer, les mots m’ont permis de transcender ma peine et m’ont aidés à accepter l’inévitable, de mieux le vivre…
Au bord de mes Fenêtres sur la cour, je me suis occupée l’esprit à la découverte de blogs, d’images et de peintures et tout à ce plaisir de promenades, de pêches fructueuses, j’ai déposé les mots et j’en ai oublié mes maux ou du moins, ils se sont atténués. En vagues, ils se sont échoués, ont laissées des traces sur le sable. Impressions sur la feuille blanche, ils sont le témoignage de cette fin de voyage dont je faisais partie.
Mais ce périple ne s’arrête pas ici et maintenant... A quoi bon s'attarder près des phares du soir...
Je dis, dans la lumière d'un petit matin: Reprenons la mer!
Texte de caroline_8 et aquarelle de Edward Hopper -Portland Head Light- 1927
21 mai 2008
Voici venu le temps des larmes
Ai-je rêvé que je pleurais ? Ai-je rêvé que j’étais mort ?
Et maintenant est-ce la pluie sur cette joue ou les larmes que j’ai rêvées ?
Claude Roy
Winslow Homer - 1870
"Lève-toi,papa est en train de mourir". Je courus vers la pièce voisine et il parvint à me prendre la main. D'une voix étouffée, il me dit: "Reprenons la mer". Son visage au teint gris s'inclina vers le mur et ses doigts lâchèrent les miens comme les poignées d'un gouvernail, le laissant à la dérive. Francisco Coloane -Le passant du bout du monde-
Winslow Homer -1890
La mer est belle et claire et pleine de voyages.
A quoi bon s'attarder près des phares du soir
Et regarder le jeu tournant de leurs miroirs
Réverbérer au loin des lumières trop sages ?
Emile Verhareen
20 mai 2008
Cette maison, elle est devenue celle de l'écriture 07
"Anne Franck à son bureau" du flickr de rosewithoutathorn84
19 mai 2008
Carré rouge de K. Malévitch
D'un carré rouge de Kasimir Malevitch au petit poisson rouge, il n'y a qu'un pas que je franchis.
A celles ou ceux que cela intéressent, j'ai rajouté six billets à la semaine du poisson rouge; soit le dimanche 13/04, le lundi 14/04, le mardi 15/04, le mercredi 16/04, le jeudi 17/04 et le samedi 19/04.
Bonne découverte sur Comme une image.
16 mai 2008
Du linge en scène
Scène 1:
Les plis et les replis, les nœuds, les vides et les creux, du clair et de l’obscur sur les vêtements qui drapent les personnages de tableaux me ramènent à mes souvenirs d’étudiante en Art, où je devais peindre les plis du torchon d’une nature morte, ô combien académique… l'étude de drapé.
R. Peale -Venus Rising from the Sea- 1823
Mais après la représentation laborieuse et figée du simple tissu à essuyer la vaisselle, j’ai eu un attrait tout particulier pour le linge de maison. Le linge froissé, chiffonné, noué, les faux plis qui racontent leur histoire intime dans le boudoir; le linge dont les plis au fer chaud entraînent le classement par piles dans l’armoire; le linge brodé, nommé, lettré et même étiqueté, le blanc rehaussé de rouge, le lin ajouré, festonné, lié d’un ruban de soie et parfumé de brins de lavande me parle, touche et émeut mon âme d’artiste et de femme.
Scène 2:
I. Romanov 1955 J. Sloan 1915 E. Saglio XX s. C. Reis 1915
Femme d’une journée, d’une vie qui coud, lave et sèche, repasse ces tissus qui drapent de douceur et parfois d’élégance notre quotidien âpre et modeste ; fée du logis qui, par son labeur et son habilité, transforme un lieu de vie en scènes d’intérieur…
Silence, on tourne !
Isaac Soyer -Laundress- XX s.
Scène 3:
Que se passe t'il, dans les chambres, dites d’amour… Rideaux écartés, habits enlevés et jetés à la hâte, lit défait, lumière du matin. "Volupté de l'absence, luxure de blancheur, l'âme délivrée des pesanteurs survolant les dernières traces des corps" Bernard Faucon
J. S. Sargent -Chambre d'hôtel- 1907 William Orpen -Night- 1907
L'Odalisque brune, de F. Boucher, a suscité bien des émois. Tout le tableau est fondé sur le pli : pli à la fesse, pli au cou selon le même Y, pli de l’étoffe de velours bleu, pli du tapis, que le pied de la table vient d’agripper lorsque la jeune femme l’a approchée d’elle. Le pli s’oppose à la régularité géométrique du mur et du coussin. Le pli fait scène et concentre tous les plaisirs que la toile offre à l’œil : le pli apporte à l’œil la satisfaction scopique. Source.
Détail de l'Odalisque -1745- de François Boucher
Scène 4:
"Etre dans de beaux draps" Les draps ont longtemps désigné les habits. Autrefois, on disait "être dans de beaux draps blancs". Cette expression décrivait une situation honteuse. En effet, à cette époque, les gens accusés de luxure devaient assister à la messe habillés de blanc, ce qui devait faire ressortir les aspects "noirs" de leur vie. Jusqu'à la fin du XVIIe siècle, "mettre un homme en beaux draps blancs" signifiait le critiquer. "Etre dans de beaux draps blancs" voulait donc dire que l'on était sujet aux moqueries, que l'on était dans une mauvaise situation. De beaux draps ou le plaisir de la sieste.
Clap de Fin.
12 mai 2008
Les histoires d'amour finissent mal... en général
I'll take romance sur le site de thombeau59
09 mai 2008
Le soleil est au bord de ma fenêtre
Depuis quelques jours, le soleil du mois de mai frôle, de ses doux rayons, la fenêtre de ma chambre que j'ai toute briquée pour l'arrivée du printemps. Pendant de bien belles minutes, la vie parait plus gaie et chaleureuse que jamais. Je ne suis pas la seule à profiter de ce spectacle, de la senteur des fleurs du cytise et de la lavande, un bourdon dodu, noir et jaune, butine à qui mieux mieux.
Aujourd'hui, le soleil n'était pas seulement à ma fenêtre, mais aussi au bord du canal Saint Martin où j'ai goûté au sirop d'orgeat avec une belle personne aux cheveux couleur des blés. Nous avons fait provision de bonnes ondes et c'est le coeur gorgé de soleil que nous avons regagné l'une son bazar, l'autre ses fenêtres.
07 mai 2008
De l'intérieur 27
J'ai construit ma maison comme un jouet et j'y joue du matin au soir.
Pablo Neruda (1904-1973)
05 mai 2008
Des terres imaginaires
- J’ai possédé une ferme en Afrique, au pied du Ngong - Phrase mythique de "La ferme africaine" de Karen Blixen… Et bien non, je ne vais pas vous emmener dans ma chère Afrique. Mais je pourrais commencer mon texte, sur mon jardin imaginaire, comme ceci : je possède une ferme en Amérique du Sud, au pied du volcan Osórno. La ferme se situe dans la région de Los Lagos au Chili ; le volcan Osórno est le jumeau du mont Fuji et domine le lac Llanquíhue et celui de Todos Los Santos.
La chacra de Don Lúpercio se trouve à 6 Kms de la ville, au bout d’un chemin de terre bordé d’une rangée de hauts peupliers. Ce chemin fut dessiné et créé par Lúpe et ses fils, charriant terre et graviers, pendant l’été 68. Sur le terrain de 12 hectares, s’élève une maison de bois au toit de tejuelas, sur le côté s’étend le potager près d’un puit avec son château d’eau ; pendant l’enfance de Jaime, la ferme possédait des vaches, des moutons, des poules, des cochons et un cheval. Cette période est bien révolue, la vie s’est accomplie et maintenant Don Lúpercio et Doña Juana reposent à Río Negro. Et c’est ainsi que Jaime et ses cinq frères et sœurs héritèrent de la chacra familiale.
En attendant de nous y installer et de cultiver des copihues, de nous faire appeler Don Jaime et Doña Carolina, poussons la barrière du corral, filons jusqu’à Puerto Montt où nous embarquons pour la région d'Aisén. Et c’est là que commencent mes terres imaginaires – Il pleut là-bas de mille manières : rafales mugissantes tombées d’un ciel noir, intarissables sanglots célestes (…) Parfois le déluge se déchaîne pendant quarante jours et quarante nuits. On ne sait plus d’où viennent les pleurs - Francisco Coloane -Le passant du bout du monde-
A l'Est, les plaines et les plateaux sont bordés par la Cordillière des Andes, à l'Ouest elles plongent à pic dans l'océan. La voix du vent s'y fait entendre toute l'année – Le vent mugissait sur la plaine gelée, soulevant des nuées de neige qui voilaient l’horizon, telle une mer démontée dont les vagues éclateraient au loin en gerbes cendrées - Francisco Coloane -Le cap Horn-
Vers l’intérieur du pays, se trouvent des steppes, où vivent des guanacos, des nandous, des renards et des pumas. Dans cette zone, se développe l’élevage de moutons et de bovins dans les haciendas. On ne peut se déplacer dans ces vastes horizons qu’à cheval – Un cavalier était la seule aspérité qui déchirait les draps du vent, la plaine infinie - Francisco Coloane -Le passant du bout du monde-
Voilà mon rêve, celui de vivre dans une hacienda, dans les terres australes du Chili, au milieu de nulle part ; la pluie, le vent et l’herbe drue seraient les seules fleurs de mes terres – (…) une vallée grandiose, dont les herbages divisés par le vent faisaient songer au fin pelage d’une loutre sillonné par le souffle du fourreur - Francisco Coloane -Tierra del fuego- Avec pour seuls compagnons, les mots du poète :
Je prends congé, je rentre
chez moi, dans mes rêves,
je retourne en Patagonie
où le vent frappe les étables
où l'océan disperse la glace.
...
Si je devais mourir cent fois,
c'est là que je voudrais mourir
et si je devais naître cent fois
c'est là aussi que je veux naître
près de l'araucaria sauvage,
des bourrasques du vent du sud
et des cloches depuis peu acquises.
Pablo Neruda -El canto general-
Texte de caroline_8 et avec les mots de F. Coleane et P. Neruda, pour Les jardins imaginaires de Vanessa et ainsi faire partie des Passeurs.
02 mai 2008
Ombres sur la mer
Depuis de nombreuses années, mon père n’avait plus le pied marin ; il était rentré au port et s’était amarré à cette terre parce que ses enfants y étaient installés, mais son souhait aurait été de finir sous la terre rouge et humide de là-bas, de là où il avait construit sa vie d’homme. Et c’est ici, que les épreuves de santé ont commencé et tout dernièrement, la lecture, le cinéma, l’écriture se dérobèrent à ses yeux ; il perdit la vue et beaucoup d’intérêt pour la vie. La musique resta sa seule et dernière distraction.

Quelqu’un me demandait si mon père lisait mes écrits, s’il lisait "Fenêtres sur la cour" et donc, si nous pouvions partager le plaisir des mots écrits et lus. Il n'en a aucune idée... Un voile gris nous sépare, il ne me voit plus; la cloche peut toujours tinter, il ne l’entend plus, il ne m’entend plus. Communiquer, dans ces conditions, n’était déjà pas aisé mais impuissant à bien se nourrir et affaibli par une mauvaise toux, mon père ne trouve du [ré] confort que dans les bras de son lit.
Tout doucement, la brume s’épaissit et la mer se retire... malgré ma main tendue qui ne retient rien. La musique, ce qu'elle est: respiration. Marée. Longue caresse d'une main de sable. Christian Bobin -Souveraineté du vide-
Texte écrit de caroline_8 et peinture de Andrew Wyeth -Combers- 1979































