fenêtres sur la cour

23 octobre 2009

Un dimanche d'octobre

comme un prolongement de ce dimanche-

Le soleil était doux, la plage pleine de galets mais désertée par les vacanciers, le mois d’octobre sonnait le glas du remue ménage estival qu’elle avait toujours fuit. C’est au bord de l’eau que la mère avait décidé d’emmener ses deux filles. Juste une journée, juste le temps de quitter Paris et puis là, face à la mer, de prendre une décision pour l’année à venir ; elle se promit de rentrer sereine et déterminée à l’appartement.

sir_alfred_munnings 


L’eau moutonnante et violacée s’écrasait sur les rochers, inlassablement elle revenait à l’assaut comme une ritournelle lancinante : ce n’est plus possible... Plus supportable, cette peur de ne pouvoir faire, cette crainte de manquer de temps, cette pression pour toujours aller plus vite... Assez !

Les filles se sont éloignées; elle savoure et s’imagine enfin seule, pour un court instant, car elle sait que tôt ou tard, elles reviendront à la charge, au questionnement propre à leur âge, aux doutes, à leurs désirs si forts qu’ils occultent les siens. Là, elle se murmure lentement toutes ses envies, en fait une liste; pas de rêve insaisissable, pas de cabane dans les arbres, pas de retraite sur une île déserte... Non, juste les pieds dans l’eau, réfléchir à ce qui est bien pour elle.

L’eau fraîche encercle ses chevilles, effleure ses mollets, éclabousse le bas de sa jupe puis se retire un temps pour recommencer sa caresse maternelle... Ma petite, ma douce. Les filles discutent un peu plus loin, elles l’ont oubliée... Ce petit moment pour elle... Elle se tourne vers le large, la mer joue entre ses jambes et puis s’éloigne l’incitant à s’enfoncer plus en avant pour toujours sentir sa présence et son réconfort. Elle n’entend plus leurs conversation, ni l’appel des mouettes, ni même le crissement des vagues sur les coquillages. Elle n’entend que son cœur, tout gonflé par la joie de ne battre à nouveau que pour elle.

Ruisselante, le vent dans les cheveux, la mère sort de l’eau et sourit aux deux jeunes filles : il va bien falloir rentrer !
Sur le chemin de la gare, on ne différencie guère les trois silhouettes mais l’une d’elle confie aux deux autres que malgré les difficultés que cela génère, elle reprendra les cours à l’atelier.
Et en cette fin de journée,
la mer a rejoint l’horizon. La mère a atteint le sien.

Texte de caroline_8 et peinture de Sir Alfred Munnings; texte écrit pour Sol en Si sur le thème de l'eau.

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Posté par caroline_8 à 07:00 - Jeux d'écriture - Permalien [#]
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