fenêtres sur la cour

07 juin 2011

La consolation des grands espaces

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Là-bas, je n’ai pas eu à pousser des portes et à ouvrir des fenêtres sur… Tout était en plein vent, je dépliais mes ailes si longtemps atrophiées et froissées ; j’évoluais sans crainte et je réalisais que j’étais enfin dans la vie et même dans ma vie…
Il me reste maintenant le souvenir de nos premiers pas, ceux dans les aéroports et des moments où l’un près de l’autre dans les fauteuils d’avion, nous ne savions pas encore ce qui nous arriverait ; il me reste le souvenir de l’attente et celui de l’émotion si forte que j’en ai pleuré, lorsque les vrombissements des réacteurs n’ont fait qu’un avec les battements à tout rompre de mon cœur.


Après les images qui me submergeaient par vagues, j’ai laissé venir à moi les mots pour décrire mon ressenti et l’excitation [celle de l’enfant à qui on a promis d’aller voir la mer] et puis le saisissement lorsque au bout de la piste rocailleuse, m’est apparu le Pacifique en vue panoramique. Là, sur le sable blond, j’ai écrit son petit nom et j’ai laissé l’océan l’emporter lors d’une vague un peu plus forte.
Ce voyage fut non pas une prise de conscience mais la confirmation que l’essentiel ne se résume pas à la possession, mais que le bien-être se trouve dans la simplicité ; je le pressentais déjà mais là, je l’ai vécu. Face à l’immensité ou plongée au cœur d’une nature édénique, je faisais corps avec elles et enfin, je me rencontrais, je le rencontrais et elle m’accompagnait : La consolation des grands espaces, la lecture que je retrouvais le soir au fond de mon lit… sous un ciel bleu nuit parsemé d'étoiles orchestrées par la Croix du Sud et las Tres Marias.


A notre retour, je n’étais pas tout à fait consolée mais je pensais être sur la bonne voie lorsque la maladie m’a terrassée. Accrochée de nouveau au quotidien, je l’ai assuré et je me suis appliquée à prendre du repos, à prendre mon comprimé afin que s’apaise cette épuisante tension.
La vie n’a plus le même sens, mon regard sur elle a changé, j’ai changé mais je peine à expliquer mon nouvel état ; je n’ai d’ailleurs pas envie de me justifier mais j’ai refermé certaines portes dont celle de l’enfance et celle de l’Afrique. Je n’éprouve plus l’envie de me retourner, j’ai les yeux grands ouverts sur l’avenir qui ressemble à une maison tout en bois s’élevant sur nos terres, les terres de Barro Blanco.

L'espace a un équivalent spirituel et peut guérir ce qui est divisé, pesant pour nous-mêmes. ... nous pouvons apprendre à porter l'espace à l'intérieur de nous-mêmes aussi facilement que nous transportons notre enveloppe corporelle. L'espace symbolise la santé mentale, non une vie stérilisée, ennuyeuse, mais une existence qui pourrait "accueillir" avec intelligence toutes sortes d'idées ou de situations. Gretel Ehrlich

texte de caroline_8 et photo du film Never let me go de Kazuo Ishiguro

Posté par caroline_8 à 17:11 - Instants de vie - Permalien [#]
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