11 janvier 2008
Une femme artiste n'a ni muse ni esclave.
Elle doit être ces deux choses pour elle-même. Edna O'Brien
Au 17ème siècle, Artémisia Gentileschi est une exception : femme, elle voyage et travaille comme peintre. Elle trouve des commanditaires de prestige, gère sa profession avec assurance et suscite du respect au point qu’elle est accueillie à l’Académie de dessin de Florence et à l’Académie des Desiosi à Rome. Consciente de son rôle d’artiste, elle fait son auto portrait…, proposant une image au double registre, où le peintre et son art se superposent et s’identifient l’un à l’autre.
Artémisia Gentileschi - Autoportrait - 1630
Au 18ème siècle, tant de carrières brisées et tant de femmes contraintes à l’abandon, forcées de reculer d’un pas, de rentrer dans le rang à cause de la situation sociale de leur mari, à cause de leur maternité.
A. Labille-Guiard 1785 Lebrun Viguée 1790 Marie-G Benoist 1800 Marie-D Villers 1801
Au 19ème siècle, les femmes artistes peuvent avoir un atelier, parfois à partager avec d’autres femmes artistes, le transformer en véritable quartier général. Elles peuvent compter sur un espace qui leur est propre pour travailler, un espace qui représente l’émancipation.
Les femmes, perdues dans un univers artistique masculin, se regroupent et s’entraident : elles sortent pour peindre ensembles, dessinent leurs amies artistes et échangent leurs opinions sur la peinture. Les femmes peuvent désormais voyager en Europe plus librement; le séjour à Paris est le rêve le plus ambitieux pour une femme peintre.
B. Morisot 1861 M. Bashkirtseff 1882 C. Beaux 1885 A. Bilinska 1887 A. Zorn 1888
Le 20ème siècle, est constellé de figures féminines engagées dans la vie artistiques. Les femmes peuvent accéder aux écoles de peintures, participer aux expositions et aux concours, elles peuvent copier le nu d’après nature et elles ont la possibilité de recevoir des commandes officielles.
A. Bilinska 1892 A. Barney 1895 R. Bonheur 1898 J. S. Sargent 1907 E.Chaplin 1912
La peinture au 20ème siècle représente souvent les femmes tant à -leur toilette ou à la lecture d’un livre, ou encore s’habillant pour une sortie importante – L’univers quotidien féminin trouve son magistral interprète en Louise Breslau. Sa toile "la lectrice" reprend un thème cher de l’époque. A présent, lire est plus qu’un simple loisir. A l’image traditionnelle de la femme romantiquement absorbée dans la lecture d’une lettre, d’un roman ou de poésies s’ajoute celle de la lectrice attentive, avide de connaissances, tellement prise par son activité qu’elle ne s’aperçoit pas qu’on l’observe.
Louise Catherine Breslau - La peintre et son modèle - 1921
Dans les années 60 et dans le sillage des mouvements politiques et de contestation de cette époque, les femmes se constituent en groupes féministes. Elles prennent des initiatives pour organiser des expositions et pour promouvoir leur propre travail, fondant aussi journaux et revues. Pour une femme, peindre son quotidien, signifie aussi réfléchir sur sa propre condition. Ces tableaux n’insistent pas sur la beauté du modèle, mais préfèrent en exalter le caractère, la personnalité et l’élégance des manières.
Marie Laurencin 1906-1908 Romaine Brook 1923 Leonor Fini 1945
Lire l'interview à la suite de la parution en automne 2007 du livre -Femmes artistes/artistes femmes. Paris, de 1880 à nos jours- aux Ed. Hazan de Catherine Gonnard et Elisabeth Lebovici.
Texte inspiré du livre -Femmes Artistes de la Renaissance au XXIème siècle- de Simona Bartolena aux Ed. Gallimard
16 juillet 2007
Des femmes à leur toilette
Alors que durant plus de trois siècles les peintres avaient dû prendre des sujets prétextes pour fournir au public des images de corps déshabillés, la représentation du nu profane, au XIXème siècle, redevient chose normale. Renoir ou Cézanne en font un thème intimement personnel. Et Degas et Bonnard peignent des femmes à leur toilette, avant tout, pour leur propre curiosité.
Henry Tonks (1862-1937) William McGregor Paxton (1869-1941)
L’hygiène est la vraie morale, protégeant à la fois le corps contre les maladies et l’âme contre les vices. Elle rencontre cependant deux obstacles majeurs : la pudeur d’abord (laver le corps avec complaisance passe pour du libertinage, surtout la toilette intime. Il est préférable de changer de linge) et l’absence d’eau courante.
Mary Cassath (1844-1926) Henri Toulouse-Lautrec (1864-1901)
Chaque jour, on se lave le visage et les mains dans une cuvette ; une fois par semaine, on se lave le reste du corps. Les femmes privilégiées qui disposent d’une baignoire à leur domicile prennent un bain une fois par mois, après les menstruations. Dans les arts plastiques, l’habitude de laver le corps à grande eau transforme radicalement la représentation du nu féminin : la femme occupée à se laver devient un sujet presque trivial !
E.Philips Fox (1865-1915) Suzanne Valadon (1865-1938)
Au hammam, la vie est de fait colorée et joyeuse dans ces couloirs magnifiques aux murs recouverts de marbre, où l'écho répète chaque mot trois fois. Les femmes sont assises là, sans voile, dans leurs robes à motifs, fumant, bavardant, riant, allaitant leurs enfants, se maquillant. Le hammam a une vocation qui dépasse la simple hygiène. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il remplit une fonction sociale attestée pour les femmes, comparable à celle du café pour les hommes. Les femmes, qui se rendent en groupe au bain, y trouvent un espace de liberté. Elles discutent de leurs problèmes, échangent leurs points de vue, ou encore parlent de leur intimité.
Véritable moment de détente et de plaisir, le hammam est aussi le lieu privilégié pour prendre soin de son corps en douceur. En effet, il remplit avant tout une fonction hygiénique, aspect sur lequel insiste l’Islam. La chaleur humide que dégage le lieu permet d’éliminer efficacement les toxines, de calmer les tensions musculaires et d’évacuer le stress. Sous l’action de la température, qui est dans chaque pièce plus élevée, les pores s’ouvrent et l’épiderme est débarrassé plus aisément des impuretés.
Jean-Léon Gérôme (1824-1904)
La séance au hammam est un rituel pour les femmes. On y vient avec son seau contenant un ensemble de produits traditionnels. Le gant de crin ou kis, instrument parfait de gommage, aide à éliminer les cellules mortes, le hénné permet de colorer mais surtout de revitaliser sa chevelure, le rhassoul, sorte de pâte noire très épaisse et onctueuse fait lui office de savon et affine le grain de la peau. Chacune est libre de prendre soin de son corps comme elle l’entend, mais une femme, nommée harza, vous proposera toujours ses services pour vous laver, vous procurer un massage qui vous tonifiera la peau ou parfois vous épiler au moyen d’une texture à base de miel et de sucre.
Edouard Debat-Ponsan (1847-1913)
Quelques institutions rajoutent de petits bacs d’essences d’eucalyptus ou de pin dans les pièces. En plus des vertus apaisantes et relaxantes du hammam, s’ajoute alors les vertus médicinales.
Ainsi détendues, prenons le temps de découvrir ces femmes qui jouent avec leur miroirs sur ce site et soyons plus que curieuses ici et là et encore ici et pourquoi pas là. Lisons l'analyse de la célèbre "Toilette" de Bazille (1841- 1870), dont Florizelle nous dévoilait, il y a peu, les rayures et les motifs.
15 mai 2007
Et c'est un beau privilège que d'être ta compagne.
(...suite) John se mit à jardiner toute une semaine et envoya un télégramme à Provincetown : -Les arbres fruitiers sont en fleurs- Ce message toucha Louise qui revint aussitôt. Leur intimité reprit, mais le passé se glissait entre eux et les scènes leur rendirent la vie commune impossible.
Louise Bryant se rendit en Europe comme correspondante : elle devait rendre
compte de l’arrivée sur le continent des troupes américaines, prenant part au conflit européen. Pendant sept semaines, ils s’écrivirent des lettres d’amour, se chargeant de tous les torts. Pendant ce temps, la révolution se préparait en Russie et dès son retour de Paris, Louise Bryant et John Reed, avec des cartes de presse fournies par Les Masses et le Call (quotidien socialiste de N.Y), couvrirent ensembles, la révolution d’octobre 1917, en Russie. Commence alors une odyssée qui changera à jamais la vie de John Reed et de sa bien-aimée. A Noël, Louise offre à John, ces quelques mots :
Je veux que tu saches que parfois, quand je pense
A toi
Ma gorge se serre
Et j’ai un peu peur.
Tu es l’homme le meilleur que je connaisse
Sur la terre entière
Et c’est un beau privilège que d’être ta compagne.
Poème pour E.O'Neil Notes d'interwiew de Lénine en 1917
Louise Bryant rentra en Amérique, quelques mois avant John Reed, et publia 32 articles dans le Philadelphia Ledger, journal très populaire; articles plus qu'engagés dans le syndicalisme. Et elle fut, brièvement, une figure nationale.
De retour sur le sol américain, pendant l’hiver 1918-1919, John Reed écrivit –Dix jours qui ébranlèrent le monde- ensuite, ce fut Louise Bryant qui, après avoir réuni tous ses articles, publia un livre –Six mois en Russie rouge- pendant le printemps 1919, au nord ouest du Pacifique et en Californie, ce fut un voyage mouvementé ; un public nombreux et enthousiaste venait écouter ses récits sur la révolution russe. Elle écrit à John, resté à Croton : -(…) de ma fenêtre, je regarde les étoiles (…) Ce réveil de la terre, tous ces sursauts (…) je crois entendre les pas de cette armée qui se met en marche partout ; elle va me bercer et m’endormir. Je ne pense qu’à toi-
Louise fut de retour le 15 avril 1919 et fit l’infirmière auprès de John, souffrant d’une grippe. C’était elle qui coupait le bois, faisait la cuisine, allait faire les provisions au village et le frictionnait à l’alcool pour faire tomber la fièvre. Ils passèrent ensemble, devant le feu, quelques jours merveilleux… Ils aspiraient à une vie tranquille et espéraient avoir plus de temps à consacrer à l’amour, à la poésie et à la nature. John lui jura que c’était leur dernière séparation (…) sitôt qu’il aurait présenté son rapport à Moscou, (…) ils vivraient ensemble quoi qu’il advienne. Et John repartit en Russie à l'automne 1919... mais il fut emprisonné.
Partie le rejoindre vers le 15 août 1920, après un très long et dangereux voyage, Louise ne retrouva John que le 15 septembre à Pétrograd. Celui-ci lui lut son poème :
Je rumine et je rêve
Jour et nuit, le jour après la nuit
Et pourtant une amère pensée m’obsède :
Nous nous sommes perdus l’un l’autre
Toi et moi…
Le 19 octobre 1920, John Reed mourut du typhus et fut enterrer au Kremlin à Moscou, sur la place rouge.
14 mai 2007
Tu es l'homme le meilleur que je connaisse
Elle s’appelait Louise Bryant et avait un charme indéniable : élancée, les cheveux sombres, des yeux gris-vert, un regard vif, une expression mutine, perplexe, parfois perverse. Louise était une femme passionnée, insouciante, indomptable (…) elle refusait de se lier, ce qui était une façon d'avouer qu'elle avait beaucoup de mal à rester fidèle.
Photo de Louise Bryant par Nickolas Murray
Bien que mariée à un riche dentiste, Paul.A.Trulinger, elle avait conservé son atelier studio ; ne voulant pas être une femme au foyer, elle se considérait avant tout comme une journaliste et une artiste, une femme poétesse et une révolutionnaire et bien décidée à se faire un nom, publia certains de ses poèmes et de ses dessins dans le journal anarchiste BLAST.

En 1912, Louise Bryant rencontra John Reed, à Portland dans l’Oregon, bien connu pour ses activités journalistiques et en particulier pour son intérêt compatissant aux questions du travail, des droits des ouvriers, des grèves et pour son reportage sur la révolution mexicaine. Très vite, elle le suivra à New York et ils fréquentaient Greenwich Village et ses jeunes gens que l’art et les mouvements révolutionnaires passionnaient. Louise rencontra ainsi Eugène O’Neil le dramaturge, Margaret Sanger la féministe, Emma Goldman l’anarchiste, Max Eastman écrivain et éditeur du journal Les Masses, entre autres. John Reed, au travers de ses écrits, poursuivra allègrement ses activités de militant syndical et deviendra une des voix, les plus reconnues, du nouveau mouvement socialiste qui débouchera ensuite sur le parti communiste américain.
Le quai de Provincetown Théâtre de Provincetown Dunes de Provincetown
Lassés tous deux de l’ambiance et du manque d’intimité de Greenwich Village, ils s’installèrent à Provincetown, dans le Massachusetts, où ils purent passer seuls quelques jours, dans une petite maison blanche, face à la baie : ensembles, ils savouraient le soleil, faisaient de longues promenades dans les dunes, nageaient dans les eaux calmes de la baie et le soir, avaient de longues conversations. En 1915, dans cette colonie d’écrivains, de peintres et d’acteurs, se forma -Provincetown Players- une troupe d’amateurs (John et Louise y participèrent) qui donna naissance au théâtre américain moderne.
A l’automne, John acheta à Croton sur Hudson, état de New York, un petit cottage entouré d’un vaste jardin clôturé et il épousa Louise, le 09 novembre 1916. La vie à la campagne leur convenait. Pris par ses nombreux engagements à travers le pays, John s'avéra un conjoint se distinguant par son absence. Louise avait beau être –la femme dont il se sentait la plus proche- cela ne l’empêchait pas pour autant d’avoir d’autres aventures. Lorsque Louise les apprit, les insultes, les cris de douleur, les torrents de larmes et les hurlements de rage remplirent la petite maison, jusqu’à ce que la porte, violemment claquée, montrât à John, que le chaos et le désordre du monde contaminaient même sa vie privée : Louise retrouva Eugène O’Neil à Provincetown. John et Louise apprenaient à leurs dépens que les théories sur l’amour libre entraînaient des désagréments tout à fait traditionnels. (à suivre...)
22 mars 2007
Mademoiselle Jeanne Hébuterne dans la joie éternelle
Douée pour la peinture et attirée par le fauvisme, elle voudrait peindre sur porcelaine et prépare à l'Académie Colarossi, le concours d'entrée à l'Ecole Nationale des Arts décoratifs de la rue Bonaparte. (Texte de Christian Parisot)
Bien que l'influence de Modigliani sur Jeanne Hébuterne ait été indéniable, les oeuvres de Jeanne Hébuterne ont montré que celle-ci avait sa propre identité. Le modèle préféré de Modigliani se dépeint nue, dans des poses voluptueuses, inspirées par la tradition classique de la nudité féminine, vue par des yeux masculins. Son intention était de défier et de provoquer.
J.H. 1919 J. H. 1919 J.H 1919 J.H au collier 1918
26 octobre 1919: Je continue à dessiner. Malgré tout(...) je dessine. Une façon de te rejoindre, de parler le même langage que toi(...) Je voudrais recommencer à peindre(...) Si je dessine, si je veux continuer à peindre, c'est aussi pour que mes yeux ne deviennent pas vides.
31 octobre 1919: (...) Malgré ma fatigue, je continue à dessiner et à peindre: je veux parler la même langue que toi(...) J'ai voulu te dessiner -c'était une façon autre de te toucher-
11 décembre 1919: Mon crayon sur le papier traçait la ligne du front, de ta joue(...) Tant que je te dessinerai, je maintiendrai la mort à distance.
19 décembre 1919: (...) je dois riposter, prouver que, moi, au contraire, j'ai un regard. Un vrai regard? Un regard de peintre. J'ai décider de faire moi-même mon portrait.
4 janvier 1920: (...) Il était plus urgent de prendre un crayon et de te dessiner(...) Te dessiner, c'est contrarier le temps qui passe, (...) empêcher le temps de gagner.
7 janvier 1920: (...) je te dessine. Pour te représenter réellement? Ou pour me confondre avec toi.
18 janvier 1920: Alors je me suis assise devant toi. J'ai commencé à te dessiner. Un trait de crayon fin pour cerner ton profil. (Texte de France Huser)
Elle s'appelle Jeanne Hébuterne, c'est avant tout une artiste avec son propre regard qui, le lendemain de la mort d'Amedeo Modigliani, à l'approche de l'aube, se jette par la fenêtre du cinquième étage. (25 janvier 1920)
21 mars 2007
Je peindrai tes yeux lorsque je connaîtrai ton âme
-J'ai souri et, par-delà mon visage, tu as revu les traits de ces madones que tu contemplais si longuement aux Offices et au palais Pitti, ou dans les églises de Florence. Tu avais dix-huit ans, tu étudiais la peinture à l'Accademia di Belle Arti. Tous les après-midi, tu revenais. Tu t'asseyais et tu copiais. A Venise, l'année suivante, ce fut le même éblouissement. Après avoir découvert les madones siennoisesdu XIVè et du XVIè, les nymphes de Botticelli ou les vénus de Giorgione et du Titien, jamais, plus jamais, m'as-tu dit, tu n'as peint ni dessiné de la même façon- (Texte de France Huser)
Amedeo Modigliani fait le portrait d'une jeune fille de dix-neuf ans, un portrait daté et signé du 31 décembre 1916. Elle s'appelle Jeanne Hébuterne. (Texte de Christian Parisot)
-Sur le portrait que tu viens d'achever, tu n'as pas dessiné la pupille ni l'iris. Tu as recouvert seulement mes yeux d'une transparence bleue: je ne regarde pas, j'écoute ta ferveur- (Texte de France Huser)
J.H. 1918 J. au pull jaune J. de profil 1918 J. devant la porte
6 octobre 1919: Tu me demandes d'incliner le cou aussi. Sur la toile, tu le dessines plus élancé encore. Mon visage paraît parfois presque suppliant. -Le bonheur est un ange au visage grave- (Modigliani) Il n'exprime pas la douleur. Peut être la mélancolie(...) Tu préfères que je sois habillée de tons étouffés(...) Un rouge sourd, un jaune orangé(...) Derrière moi, le fond est simplifié, tout est effacé. A droite, dans le portrait au chandail jaune, tu as pourtant peint un meuble(...)
12 octobre 1919: Tu m'as peinte avec un grand chapeau, portant un collier, en chemise, coiffée d'un chignon, les cheveux dénoués(...)
26 novembre 1919: Tu as décidé que je poserai devant la porte(...) A l'instant, je viens à nouveau de regarder la porte: je voudrais l'ouvrir et sortir. Non pas m'enfuir, mais partir avec toi.
3 décembre 1919: (...) je dois copier les portraits qu'il a fait de moi. C'est peut-être pour cette raison que, parfois, je ne sais plus qui je suis: moi-même ou la femme du portrait?
8 décembre 1919: Quand il commence à me peindre, il me semble que je vais enfin savoir qui je suis. Et surtout pourquoi j'accepte tout de lui et la vie qui est la nôtre.
10 décembre 1919: J'ai posé devant la porte rouge. Je porte un châle d'un rouge plus vif. Du rouge encore court sur les murs. Au centre de l'incendie je suis une flamme. (Texte de France Huser)
Elle s'appelle Jeanne Hébuterne et elle est le modèle d'Amedeo Modigliani; souvent assise, les bras tendus sur ses genoux, la paume des mains offerte au regard, le cou légèrement incliné, - ... le mouvement si souple, abandonné de son corps montrait sa soumission. Elle acceptait, elle était là.-
20 mars 2007
La jeune fille qui avait un goût de rire sur les lèvres
Elle s'appelle Jeanne Hébuterne. Elle ne se poudre pas le visage, elle ne se met pas de rouge aux lèvres. Elle ressemble à une vierge vénitienne, dessine très bien(... )C'est une jeune fille douce qui s'ouvre à la vie et à l'amour. Elle est pâle, jolie, maigrelette, un peu maladive, de grands yeux en amande. (Texte de ChristianParisot)
Son teint qui ignorait aussi bien la poudre que le fard, alliait le rose au vert pâle. Deux yeux d'un bleu de myosotis très clair, admirablement disposés sous les sourcils, paraissaient presque blancs. Le nez, long comme dans les figures byzantines, s'apparentait, dans l'infini d'une origine, au bec de cygne, mais proportionné au pur ovale d'un visage de vierge primitive. La bouche était orange: c'était vraiment la fille à "la lèvre d'orange", que Rimbaud a vu "à la lisière" de la forêt, mais toute entière elle semblait échappée d'un feuillet des Illuminations. (Texte de Stanislas Fumet)
Jeanne H. 1918 Jeanne H. 1918 J. de profil 1918 Jeanne H. 1918
5 octobre 1919: Te dire tu, c'est être au plus près de toi, c'est écouter ta respiration dans la nuit.
30 octobre 1919: Dans la nuit(...) je guette ta respiration. Chacune de tes quintes de toux me déchire(...) j'ai mal déjà.
4 novembre 1919: Moi, c'est toi que je veux, ton corps sur le mien, tes mains, ta voix, et cette mèche qui tombe sur ton front et que j'aime ramener en arrière.
8 novembre 1919: Ta fièvre(...) Il faut que je te réveille, il faut je t'empêche de basculer ailleurs. Là-bas. Là où je ne peux te suivre.
14 novembre 1919: Moi, j'étais restée debout, près de la fenêtre, comme si, à guetter sans cesse le coin de rue d'où il surgirait, je pouvais l'obliger à arriver plus vite.
15 novembre 1919: Moi, je veux vivre ce que tu vis, je veux tout partager avec toi.
23 novembre 1919: La fenêtre: devant elle, je reste à t'attendre. L'attente et la nuit se confondent. L'une et l'autre paraissent destinées à ne jamais finir. Je regarde là-bas, dans le noir. (Texte de France Huser)
Elle s'appelle Jeanne Hébuterne et elle est amoureuse d'Amedeo Modigliani, peintre et sculpteur. Modi fréquente les bars avec son ami Utrillo et tarde à rentrer. Jeanne l'attend à la fenêtre toute la nuit parfois et lorsqu'enfin, il s'est endormi auprès d'elle, ses quintes de toux, sa fièvre la tiennent éveillée dans la crainte de le perdre.
22 janvier 2007
Des mots, des peintres et des lectrices
Surtout n'hésiter pas à cliquer sur les portraits afin de mieux vous imprégner de ce plaisir solitaire, désiré et vécu par ces lectrices, moment de grâce avec elles-mêmes et leur cher bouquin.
Lee Lufkin Kaula Tom Ouellette Ralph Peacock
Les femmes ne s'abritent plus derrière des identités secrètes, les femmes ne prennent plus de pseudonymes, les femmes ne se contentent plus de ressembler à des héroines inventées, les femmes prennent la parole, les femmes disent "je", les femmes écrivent "moi je", les femmes produisent du texte... De liseuses, elles sont devenues lectrices. De lectrices, elles sont devenues auteures. Elles en écrivent. Elles écrivent même quand elles lisent. Les femmes qui écrivent se revendiquent souvent comme des lectrices. Si elles écrivent, c'est pour continuer la chaîne, la chaîne du plaisir que leur a procuré le plaisir de lire. Les femmes, qui lisent, trouvent dans leur textes, ces sources secrètes du désir; elles en font des chambres d'amour, toutes tapissées de bibliothèques, qu'elles retrouvent dans leurs rêves les plus doux.
Le désir féminin de lire et d'écrire n'est pas près de s'éteindre. (texte de Laure Adler)
Coley Burne-Jones Jean-B Camille-Corot Ivan Kramskoy
Que la lecture soit l'affaire des femmes, le travail des peintres et des photographes en donne une idée plus lumineuse et plus vraie que ne le feront jamais des comptes ou des statistiques. Tout, dans les corps et les visages, s'accorde à cette formidable activité mentale: les visages rêveurs ou concentrés, les corps ramassés ou alanguis, les mains gracieuses et précises… Les décors sont des lieux qui transpirent le plaisir - jardins en été, canapés, fauteuils profonds - et même le bonheur - lits, chambres, intérieurs domestiques... Nues, joliment déshabillées, parfois splendidement vêtues, les femmes qui lisent sont belles. Comment mieux dire que la lecture est toute sensualité, et parfois tout amour? (Texte de Marie Desplechin)
Fr. Lord Leighton Fr. Carl Frieseke Henry Lerolle


































































