fenêtres sur la cour

ce sont des mots poétiques et de belles images, des traits noirs et de la couleur, des sentiments au goût épicé, des brins d’herbe sur une page blanche, de l’écrit intimiste et des paroles voyageuses dans un tableau de la vie.

05 mai 2008

Des terres imaginaires

- J’ai possédé une ferme en Afrique, au pied du Ngong - Phrase mythique de "La ferme africaine" de Karen Blixen… Et bien non, je ne vais pas vous emmener dans ma chère Afrique. Mais je pourrais commencer mon texte, sur mon jardin imaginaire, comme ceci : je possède une ferme en Amérique du Sud, au pied du volcan Osórno. La ferme se situe dans la région de Los Lagos au Chili ; le volcan  Osórno est le jumeau du mont Fuji et domine le lac Llanquíhue et celui de Todos Los Santos.

                 collage3

La chacra de Don Lúpercio se trouve à 6 Kms de la ville, au bout d’un chemin de terre bordé d’une rangée de hauts peupliers. Ce chemin fut dessiné et créé par Lúpe et ses fils, charriant terre et graviers, pendant l’été 68. Sur le terrain de 12 hectares, s’élève une maison de bois au toit de tejuelas, sur le côté s’étend le potager  près d’un puit avec son château d’eau ; pendant l’enfance de Jaime, la ferme possédait des vaches, des moutons, des poules, des cochons et un cheval. Cette période est bien révolue, la vie s’est accomplie et maintenant Don Lúpercio et Doña Juana reposent à Río Negro. Et c’est ainsi que Jaime et ses cinq frères et sœurs héritèrent de la chacra familiale.

Torres_del_Paine

En attendant de nous y installer et de cultiver des copihues, de nous faire appeler Don Jaime et Doña Carolina, poussons la barrière du corral, filons jusqu’à Puerto Montt où nous embarquons pour la région d'Aisén. Et c’est là que commencent mes terres imaginaires – Il pleut là-bas de mille manières : rafales mugissantes tombées d’un ciel noir, intarissables sanglots célestes (…) Parfois le déluge se déchaîne pendant quarante jours et quarante nuits. On ne sait plus d’où viennent les pleurs - Francisco Coloane -Le passant du bout du monde-

la_voix_du_vent

A l'Est, les plaines et les plateaux sont bordés par la Cordillière des Andes, à l'Ouest elles plongent à pic dans l'océan. La voix du vent s'y fait entendre toute l'année – Le vent mugissait sur la plaine gelée, soulevant des nuées de neige qui voilaient l’horizon, telle une mer démontée dont les vagues éclateraient au loin en gerbes cendrées - Francisco Coloane -Le cap Horn-

                           les_cavaliers

Vers l’intérieur du pays, se trouvent des steppes, où vivent des guanacos, des nandous, des renards et des pumas. Dans cette zone, se développe l’élevage de moutons et de bovins dans les haciendas. On ne peut se déplacer dans ces vastes horizons qu’à cheval – Un cavalier était la seule aspérité qui déchirait les draps du vent, la plaine infinie - Francisco Coloane -Le passant du bout du monde- 

hacienda

Voilà mon rêve, celui de vivre dans une hacienda, dans les terres australes du Chili, au milieu de nulle part ; la pluie, le vent et l’herbe drue seraient les seules fleurs de mes terres – (…) une vallée grandiose, dont les herbages divisés par le vent faisaient songer au fin pelage d’une loutre sillonné par le souffle du fourreur - Francisco Coloane -Tierra del fuego-  Avec pour seuls compagnons, les mots du poète :

                                      Je prends congé, je rentre
                                       chez moi, dans mes rêves,
                                      je retourne en Patagonie
                                       
où le vent frappe les étables
                                      où l'océan disperse la glace.

                                                          ...

                              Si je devais mourir cent fois,
                                 
     c'est là que je voudrais mourir
                                       et si je devais naître cent fois
                                      c'est là aussi que je veux naître
                                      près de l'araucaria sauvage,
                                     des bourrasques du vent du sud
                                 
    et des cloches depuis peu acquises.

                                                 Pablo Neruda -El canto general-

Texte de caroline_8 et avec les mots de F. Coleane et P. Neruda, pour Les jardins imaginaires de Vanessa et ainsi faire partie des Passeurs.      

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31 mars 2008

Lettre écrite à la lueur des étoiles

Chers allumeurs de réverbères dont le métier vous fit devenir des personnages de littérature, des poètes de la lumière, des combattants de la nuit.

l_allumeurVotre profession qui consistait à allumer les réverbères d’un quartier à la tombée de la nuit et de les éteindre au petit matin, a connu beaucoup d’essor lors du dix-neuvième siècle où les villes attiraient de plus en plus de monde -exode rural- d’où la nécessité d’avoir un éclairage public. A l’époque, les lampadaires fonctionnaient au pétrole ou au gaz. Mais à l’aube du vingtième siècle, un inventeur américain, Thomas Edison, mit au point une ampoule électrique, présentée à l’exposition universelle de 1889 à Paris ; Edison, sans le savoir, avait déclenché la mort programmée de votre belle profession d’allumeur de réverbères.

Cher Antoine dont les vols, à bord de votre simoun, vous permettaient de toucher, du bout des ailes, la voute céleste bleue d'encre et scintillante.

Les ailes frémissaient sous le souffle du soir
Le moteur de son chant berçait l'âme endormie...

Baader_Louis_Marie_1866

                                   Louis-Marie Baader -Héro et Léandre- 1866

Ainsi devenu le poète du Vol de nuit, vous faites dire au Petit Prince:  -La cinquième planète était très curieuse. C'était la plus petite de toutes. Il y avait là juste assez de place pour loger un réverbère et un allumeur de réverbères. Le petit prince ne parvenait pas à s'expliquer à quoi pouvaient servir, quelque part dans le ciel, sur une planète sans maison, ni population, un réverbère et un allumeur de réverbères. Cependant il se dit en lui-même: Peut-être bien que cette homme est absurde. Cependant il est moins absurde que le roi, que le vaniteux, que le businessman et que le buveur. Au moins son travail a-t-il un sens. Quand il allume son réverbère, c'est comme s'il faisait naître une étoile de plus, ou une fleur. Quand il éteint son réverbère ça endort la fleur ou l'étoile. C'est une occupation très jolie. C'est véritablement utile puisque c'est joli. Antoine de Saint Exupery -Le Petit Prince-

Cher poète du web qui mettez en mots et en chanson, le beau métier des allumeurs de réverbères :

Retable_de_Boulbon_15s(…) La lumière ainsi naissait.
Je ne sais trop, si cette lumière
Éclairait le monde extérieur
Ou surtout, faisait renaître
Une étoile au fond de nos cœurs.

(…) Mais, il y a toujours des hommes
Ou des femmes qui nous illuminent,
Qui nous transportent au royaume
Des rêves qui nous fascinent.
Ces gens qui nous font confiance
Qui nous disent « lève-toi »
Qui nous donnent la puissance
De toujours croire en soi.

François Marie GERARD - FMG © 2005

-Des millions de petites quoi, dit le petit prince, des mouches ?
-Des petites choses qui brillent.
-Des abeilles ?
-Mais non. Des petites choses dorées qui font rêvasser les fainéants. Mais je suis sérieux moi ! Je n'ai pas le temps de rêvasser.
-Ah ! Des étoiles ?
-C'est bien ça. Des étoiles. Antoine de Saint Exupery -Le Petit Prince-

Vincent_Van_Gogh_une_nuit__toil_e_1888

                      Vincent Van Gogh -Nuit étoilée sur le Rhône- 1888

       Il est grand temps de rallumer les étoiles.   

Les allumeurs de réverbères sont, en effet, des personnes qui sont animées par le désir d'aider les autres. Ils cherchent à amener l'individu, à redécouvrir ce qui est fondamental pour lui, afin de retrouver le sens de ce qu'il vit. Ils permettent donc à la personne de cheminer, dans ce qu'elle est afin qu'elle puisse trouver la lumière au bout du tunnel. Il faudrait accomplir toutes choses et même les plus ordinaires, surtout les plus ordinairesTibet – ouvrir une porte, écrire une lettre, tendre une main – avec le plus grand soin et l’attention la plus vive, comme si le sort du monde et le cours des étoiles en dépendaient, et d’ailleurs il est vrai que le sort du monde et le cours des étoiles en dépendent. (Christian Bobin -L’éloignement du monde-)

Chères amies, je vous souhaite à toutes de rencontrer sur votre chemin, un allumeur de réverbères, un aventurier du ciel, un traceur de mots ou d'entrer dans une maison pleine de bougies... et cela n'a rien d'imaginaire! Surtout, n'oubliez pas ceux qui restent dans le noir. Je vous embrasse.

caroline_8

Texte écrit, avec les mots des autres, pour  Ingrid Bétancourt et Les métiers imaginaires de Vanessa et ainsi faire partie des Passeurs.      

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24 mars 2008

Petites confidences de caroline_8

                Règlement du tag des dix confidences
                * Donner le lien de la personne qui vous tague: Béatrix
                * Préciser le règlement sur votre blog
                * Répondre aux dix questions que voici :

Derain_Andr___1880_1954__1935

              Peinture de André Derain -la lectrice- 1935

1/ Le trait principal de mon caractère : assez affirmé bien qu'émotif, mais adaptable en toute situation, large d'esprit et altruiste.

2/ La qualité que je désire chez les hommes : qu'ils soient bien dans leur tête, qu'ils assument leur choix de vie et sachent être tolérants vis à vis des femmes.

3/ La qualité que je préfère chez les femmes : qu'elles aient envie d'être heureuses, pas fleur bleue ni cul cul la praline, qu'elles cultivent leur identité et s'affirment dans la société des hommes. 

4/ Mon principal défaut : plus tendance à rêver ma vie que de la vivre, mais je me soigne!

5/ Ma principale qualité :  optimiste et combative, je sais tourner les pages, surtout les vilaines et  me fixer un nouvel objectif de vie.

6/ Mon occupation préférée : depuis quelques temps, je suis beaucoup à mes "fenêtres sur la cour" ... j'aime à y sentir le souffle du vent, celui de la découverte et du partage.

7/ Un plat qui me met l'eau à la bouche : tout mélange de sucré-salé, l'odeur d'épices d'une cuisine d'ailleurs au goût de voyage. 

8/ Mes mots favoris : écriture et images.

9/ Ce que je déteste par dessus tout : la fausseté, le mensonge et la tromperie que je fuis à tire d'ailes.confidences_3

10/ Un rêve : celui, tout simplement, de me dire chaque jour: je me sens bien en ma compagnie... parmi les autres.

              * Taguer 6 autres personnes, comme Barbouille, Zoéchiffon, Anne, Bridget, Leeloolene, Sylvie et Lily  en mettant leurs liens à la fin du billet et merci.... d'avoir lu mes petites confidences.           

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15 février 2008

Seules les choses sans importance ne meurent pas

le_petit1. Je prends mon petit déjeuner, très tôt et surtout toute seule, pendant que la maisonnée dort à poings fermés. En général, je petit-déjeune devant mes blogs favoris, je petit-déjeune avec vous...  J’apprécie aussi de le prendre au lit mais celui qui me l’apporte, ne reste pas auprès de moi. Il me laisse à mon plaisir, celui de rêvasser, penser ou lire… Si d’aventure, je passe une nuit à l’hôtel, je dors avec bonheur à l’idée qu’au réveil, le petit déjeuner me sera servi.

2. J'aime à traîner en pyjama, sans autre obligation dans ma journée et je n'ai aucun remord à n'avoir rien fait. Lorsque je dis n'avoir rien fait, c’est faire tourner les machines à laver, trier les journaux qui s’entassent, nettoyer mon jardin en pots, manger sur le pouce, boire un thé vert devant l’ordinateur et chercher de nouvelles peintures, écrire des billets, lire les vôtres, répondre à vos mails, ranger le courrier de la semaine, faire une petite sieste… Finalement je ne traîne pas tant que cela !

Chase_William_AWMerritt_Japanese_Prin

3. Lorsque je téléphone à ceux que j'aime, c'est longuement et telephonece n'est pas toujours moi qui parle beaucoup ;  j'ai une grande capacité d'écoute mais je sais aussi relancer la conversation ou le monologue si, de l’autre côté du fil, se trouve une âme en détresse. Il fut un temps, il y a très longtemps où je n’aurai pas, du tout, décroché le combiné : une peur de l’autre, je ne sais ! Mais je suis guérie ! Je ne suis pas seule, vous existez!

chat_14. Je suis tel un chat lové au coin du feu –toujours la peur- mais je sais maintenant saisir l'opportunité d'une sortie surprise avec l'appréciation d'un retour dans mon chez-moi. Tiens, pas plus tard qu’hier, dehors pour une broutille… je ne voulais plus rentrer à la maison et bien, Jaime et moi sommes partis au bout du bout du monde... à la Tierra del Fuego. Clic sur la carte, j’ai pris un ceviche con arepas et una picada, quant à Jaime, una cazuela de vacuno arrosé d’un vin du Chili, son pays. Nous étions le 14 février!

5. Je me sens vivante à marcher vers la gare, à monter dans un train et à regarder le paysage défiler... je m'en vais... mais je sais que plus tard, je reviendrai. J’aime à prendre le train, mais aussi le car et pourquoi pas un cargo comme à mon adolescence. J’aime partir pour revenir. Je pense que le départ, c’est un grand pas important dans la vie.

Hopper

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Charles Beaudelaire. Extrait -Le voyage  CXXVI- tiré de Les fleurs du mal - 1861

Au mois de juin, je pars vers le sud avec une autre africaine rencontrer une autre africaine; cela va être trop fort, même!

Georges_de_La_Tour6. Je salive d'envie, mes yeux brillent et j'ai des fourmis d'excitation lorsque je découvre un livre prometteur à la grande librairie et là, honte à moi, je crains de le perdre et me dirige vivement vers les caisses afin de le soustraire aux regards concupiscents. Mais bien sûr, je vous en parlerai plus tard dans mon billet du soir, pour partager. Euh... là, je me soigne, enfin, j'essaye!

Tous ces "sans importance", rassemblés dans ce billet, ne sont pas si négligables que cela, puisqu'ils m'entrainent vers mes semblables, avec un dépassement de ma petite personne; de l'appréciation de soi et de la solitude pour mieux découvrir l'autre par les mots, la cuisine, les rencontres, les voyages. Cela ressemble au bonheur! Il sera heureux celui ou celle pour qui tout est très important et, en même temps, sans aucune importance. Philippe Sollers 

Texte de caroline_8 et peinture de  William Merritt Chase,  de Edward Hopper et détail de Georges de La Tour.                                                                             

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28 janvier 2008

La force du baobab est dans ses racines

987Ayant vécue les vingt premières années de ma vie en Afrique, je n’ai pas cette sensation nostalgique d’appartenir à une famille ; mes deux grands pères  étaient décédés à ma naissance, j’ai vécu deux ans avec la grand-mère libraire de Paris et quelques jours, de passage lors des vacances d’été, avec la grand-mère sentant bon la poudre de riz qui vivait à Versailles. Par contre, je sais tout d’eux parce que maman m’a raconté plusieurs fois leur vie… j’appartiens plus à cette famille par transmission orale, un peu comme en Afrique où l’histoire de la famille se transmet de génération en génération par la parole qui perpétue la mémoire. Qui fait acte de devoir de mémoire, ce sont les vieux.

123En Afrique, c’est avec attention que l’on écoute la voix de ces sages. Le vieux, il est l’ancêtre, le conseiller et le sage que l’on écoute. Il est celui que l’on respecte, il est la parole que l’on boit aveuglement, il est l’expérience que l’on n’a pas encore. -En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle- Amadou Hampaté Bâ. En Afrique, les vieux, à bien des égards, sont beaux. Ils flamboient dans leurs boubous456 colorés. Epanouis, souriants, entourés d'enfants et petits-enfants, ils règnent sur la famille. Ils ne cachent pas leurs rides, ni leurs cheveux blancs. Un proverbe sénégalais dit d’ailleurs qu’un vieux a toujours sa place dans la famille et la société : -Mag mat naa bàyyi cim réew - Un vieillard est utile dans un village- Kocc Barma Fall. En France, le vieux n’est pas respecté pour ce devoir de mémoire. Les petits-enfants sont souvent peu intéressés par les histoires de la guerre mondiale, la résistance… Ils le trouvent radoteur et moralisateur.

321En Afrique, on a la foi et on est persuadé que si l’on a été un bon croyant, il y a peu à craindre. En Occident, il y a une perte de repères, de foi, et de moins en moins de croyants. On refoule tout. Et puis avant de mourir, c’est un peu la panique… On s’est dit athée pendant toute une vie, mais finalement ce serait mieux si Dieu et les gens que l’on aime nous attendaient derrière ce long tunnel illuminé. La mort d’une personne âgée entraîne souvent rancunes, problèmes d’héritage, disputes et conflits de famille. Ici on ne pardonne pas comme là-bas. Après la mort du vieux, c’est le lourd dilemme du testament. En Afrique, c’est exceptionnellement qu’on règle le contentieux au tribunal. La solidarité au sein des familles africaines est naturelle, leur force et leur richesse. Finir sa vie sans descendant, sans avoir connu le bonheur d’être parents ? Impensable en Afrique où tout le monde est frère. Les liens qui les unissent, leur choix de vivre en communauté nient toute possibilité d’exclure l’un des membres de la famille.

147 258  369  654  789

En Occident, on court toujours après quelque chose : un métro, un contrat, un rendez-vous… Personne ne connaît son voisin. En Afrique, on prend le temps de la parole et de l’échange. On s’inquiète de la vie de son voisin et des problèmes de santé de la femme de son cousin. On privilégie le rapport humain. Chaleur d’une relation basée sur l’écoute de l’autre. Et puis rappelez vous, dans -Le voyage avec le cœur d’un homme- miss Fenêtres sur la cour imaginait... -Là, dans un village de Casamance, dans ma case, près d’un arbre à palabres, j’aurais mené une vie d’esthète, de vieux sage qui...

J’ai tellement besoin de sagesse et de sérénité !

Texte de caroline_8 écrit pour  Les grands parents imaginaires de Vanessa et ainsi faire partie des Passeurs et portraits via le site TrekEarth.

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21 décembre 2007

Au royaume de l'espoir, il n'y a pas d'hiver

albrecht_d_rerLongtemps le mot hiver sera à la fois l'inconnu, l'imaginé, le désiré puis il perdra tout son mystère. Je me souviens d’un mois de décembre africain, dans le cabanon de la plage de Vridi où l’employeur de Papa nous avait logés, je me souviens d’avoir fait une carte pour l’anniversaire de ma marraine parisienne, d’avoir dessiné un skieur dévalant une pente enneigée mais plantée de sapins, un bonnet rouge et pointu sur la tête. Ici, la mer chaude et écumante venait s’écraser aux marches de notre petite terrasse. De là-bas, je ne connaissais rien… Juste ce fugace souvenir d’une boule de neige dans les allées de l’avenue de Breteuil, lors de mes cinq ans. La neige, ses montagnes et son ciel bleu pur, ses skieurs au bonnet rouge, ce paysage de sapins imaginaires se révèleront à mes yeux de jeune fille au pair, de vingt cinq ans, dans une station de sport d’hiver où j’accompagnais la famille qui m’employait et avait l'habitude de ce style de vacances. -La Plagne... vers 20 heures, je découvre l'altitude, le froid et la neige. Et toute cette blancheur m'écoeure un peu. Je fais de grandes balades parmi les sapins, mais je me sens prisonnière des montagnes... (Journal de mars 76)

                  nuit_polaire

Hiver rime avec désert, le désert m’attire mais l’hiver m’intrigue ; de ces deux extrêmes, l’hiver polaire avec sa nuit ininterrompue de six mois ne l’emporte pas. L’infinitude blanche, dans un vent glacial où la crevasse sournoise vous guette, ne m’inspire ni sérénité et encore moins un désir de méditation.

Varykino

Hiver de poésie, splendeur des décors et des costumes avec Lara et son docteur se réfugiant dans la datcha de Varykino, vrai palais de glace qui transforme l’hiver russe en une saison féerique et romantique, même si Jivago se gèle les doigts à écrire la chanson de Lara. J'aime le dessin d' Adélie, inspirée par la scène du film.

                l_enfant_des_neiges_2

Hiver de récit d’aventure lorsque mes filles étaient plus jeunes et que dans nos jeux, nous rêvions de cabane dans la tourmente, nous avions vu et lu "L’enfant des neiges" où Nicolas Vanier, sa femme Diane et leur fille Montaine de deux ans s’enfonçaient dans l’immensité des paysages canadiens. Après la construction d’une cabane en plein bois, au bord d’un lac, ils parcouraient les rivières figées, la neige et la glace en traîneau à chiens. Je ne vous cache pas que j'avais un grand faible pour la cabane, pour l'abri face à l'adversité de la nature, splendide mais peu clémente.

                Le_jour_d_apr_s

Et dans "Le jour d’après" hiver rime avec enfer. L’eau, le froid, la glace deviennent un danger ; la fonte des glaces des pôles entraîne une désalinisation massive de l'Océan Atlantique, les trois-quarts de l'hémisphère Nord se retrouvent pris dans une énorme tempête de neige, la température baisse ensuite très fortement, c'est le retour d'une période glaciaire et une catastrophe; parfois, encore de nos jours, l'hiver peut être meurtrier!

dewitt

                               Peinture de Deborah DeWit Marchant, via Lali

En fait, l'hiver pour moi,  ce serait cette image d'un grand feu dans une cheminée. L'aventurière, que je rêvais d'être, aurait rangé ses malles, son traineau, ses chiens et son bonnet rouge et pointu. Avec son compagnon, dans une datcha entourée de sapins au bord d'un lac, elle savourerait un repos bien mérité et ils liraient des histoires de Paul-Emile Victor, sans craindre la nuit polaire dans laquelle ils seraient plongés. C'est sûr, je n'ouvrirais pas la porte à l'hiver! Ni même mes fenêtres...

Texte de caroline_8 écrit pour  Les hivers imaginaires de Vanessa et ainsi faire partie des Passeurs.

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30 novembre 2007

Si la Fille du Consul...

Etait bien la fille d'un consul, habilité à administrer et protéger ses concitoyens dans son consulat à l’étranger, sa vie ne serait pas de tout repos. Cette Fille-là suivrait la carrière de son Consul de père et voyagerait au gré de ses mutations. Ce serait, dès sa naissance, une nomade dont la priorité serait de s’adapter à toute situation ; mais quelle richesse à se frotter à ce mélange de cultures, de traditions, de religions... Elle en sortirait plus forte bien que toujours à la recherche de ses racines, elle se sentirait partout chez elle et à la fois, en exil d’ailleurs.

                K_S_027

                                                Christopher Stott 2007                              

Ainsi, après l’Afrique, l’Amérique du Sud et certains pays d’Europe, la Fille du Consul poserait ses valises à Paname, sur une butte populaire et colorée. Je l’imaginerais bien, telle la jeune femme en costume japonais de William Merrit Chase ou celle de pourpre et de rose de James Abbott Mc Neill Whistler, un peu nostalgique de son passé de voyageuse, réfléchir à exprimer son talent artistique et de ses doigts fins et délicats, créer des bijoux naturalistes et culinaires: des gouttes de chocolats pendraient à ses oreilles, une feuille de ginkgo s’accrocherait à son cou, elle attacherait du corail dans ses cheveux et épinglerait du gui au revers de sa veste.

william_merrit_chase                      purple_and_rose

       William Merritt Chase 1890                          James Abbott McNeill Whistler 1864

Quelques années et expositions plus tard, je lui souhaiterais de partir s’installer, comme elle le désirait, dans la baie d’Along, son dragon et sa grotte des merveilles… So long... C’est ce que la Fille du Consul m’aurait confié, un jour qu’elle se serait accoudée à mes Fenêtres sur la cour ; ce qu’elle m’aurait confié si… la Fille du Consul n’était pure fiction !

   baie_d_along

                               Clic sur la baie d'Along

Texte de caroline_8, imaginé pour La Fille du Consul.

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26 novembre 2007

Avoir dans une cabane, des rêves d'humanité

Si la cabane de l’enfance est le refuge, le petit coin bien à soi, c'est l’image même de l’endroit où l’on peut être soi ou autre selon; autant la cabane de l’adulte peut nous ramener à une triste réalité, celle de l’urgence de se protéger, c'est la cabane de la vie, voir la cabane de la (sur)vie. De tout temps, après une guerre, lors d'un crash boursier, d'un cataclysme ou d’une vie de pauvreté, des hommes se construisent des cabanes au cœur de la nature, à la périphérie des villes ou en plein quartier urbain ; des cabanes provisoires, mais qui durent parfois très longtemps.

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Et puis, il y a la cabane investie dans un endroit peu destiné à être une habitation. Ce type de logement peut découlé d’un choix de vivre autrement, en marge de la société, style bohème et compagnie ; il dénonce une préférence et donc un luxe. Mais le lieu, qui au départ n’est pas une maison, peut être installé comme telle dans l’urgence ou l’inexistence de dites maisons, par des personnes pauvres, sans ressources autre que la débrouille. L’habitation peut être mobile comme la roulotte, la péniche ou la caravane. Ce sont les maisons nomades qui voyagent.

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Le logis peut s’immobiliser pour toujours comme un fuselage d'avion, un bus ou une quille de bateau retourné. Le voyage n'est plus qu'un souvenir, il est accompli et les passagers, dès lors, bien à l'abri.

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Dans certains pays, on pratique même le déplacement de maisons par voie d’eau, voie ferrée ou routière. Ce sont des maisons qui en changeant de lieu, sont amenées à voyager et ensuite à replanter leurs fondations dans une nouvelle terre.

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D'après le dictionnaire des synonymes de la langue française de Pierre Benjamin Lafaye -1861-

(... ) La maisonnette, la chaumière, la cabane, la hutte, la cahutte, la baraque et la bicoque sont de petites maisons.
La chaumière et la cabane sont des maisons de village, de méchantes maisons. Mais la cabane est encore pire que la chaumière. Dans les chaumières, on trouve sans doute des hommes peu fortunés, qui mènent une vie laborieuse; dans les cabanes, on ne trouve qu'indigence: c'est proprement la maison du pauvre. La cabane se conçoit nécessairement comme misérable.
Les huttes sont plutôt des cabanes de sauvages ou de soldats grossiers, qui ignorent l'art de bâtir; et les cahutes, des cabanes de pauvres paysans ou de pauvres bergers, répandus dans la campagne ou dans les bois. (... )

  Brazil_House_on_the_banks_of_the_Amazon_River

Les noeuds sacrés de la vraie amitié se forment bien plus facilement sous un humble toit et dans les cabanes des bergers que dans les palais des rois. (L'Arioste)

Texte de caroline_8 inspiré par les photos de TopFoto Gallery et écrit pour Les cabanes imaginaires de Vanessa et ainsi faire partie des Passeurs.

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16 novembre 2007

Les fées nous ouvrent les portes de leur royaume, qui se referment sur nous, sans nous en fournir la clef

Sur les marches d’entrée de la maison de Korékro, sous la blanche lune et face à la brousse noire et insondable, Maman nous chantait des chansons, mais pas l’ombre d’une fée et d’une princesse. Raconter la Reine des neiges, statufiée dans la glace pendant que les moustiques nous tournaient autour et que dans la nuit africaine, le cri des ahuhas nous glaçait le sang… La situation ne s’y prêtait pas. Et puis, Maman ne devait pas croire aux contes de fées !

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Plus grande, lorsque j’ai lu ces fameux contes de fées, je ne me suis pas reconnue dans ces princesses, bien jolies, souvent naïves, parfois désobéissantes et vénales, soumises et victimes ; quant aux histoires de fées, je leur ai préféré les légendes de la ville d’Ys, celle de l’Atlantide ou celle de l’oasis Zerzura. Voici quelques contes qui ont soulevé dans mon cœur d’enfant, de l’incompréhension ou de la révolte.

-Le Petit Poucet- personnage bien sympathique et malin, n’est pas resté dans mon souvenir. J’ai plutôt été marquée par l’attitude irresponsable de parents forçés d’abandonner leurs enfants dans la forêt, même si s’est enrobé de justificatifs, puis à la fin, de remords. Quant à l’Ogre, effrayant et affamé, au point d’égorger ses propres enfants, bien que petites ogresses… était à plaindre : comment a-t-il pu supporté cette douleur, celle de perdre ses filles ? Dans le choix des illustrations du conte, c’est celles de Gustave Doré qui ont ma préférence.

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                                           Gustave Doré 1867

-La Barbe Bleue-  comme l’Ogre auquel  elle se rapporte, figure de la puissance de l’homme-bête-tyran, m’agaçait par l’attitude frivole et désobéissante de la unième épouse. Puis l’adrénaline montait à l’ouverture du cabinet secret, ensuite venait l’horreur de la découverte macabre et enfin, sourdait l’angoisse dans l’attente de la délivrance ; même si je pensais que ma foi, elle n’aurait pas dû réveiller la bête en lui désobéissant et du coup, faire passer les femmes pour des oiseaux sans cervelle. Là, un choix de trois illustrations, différentes mais dignes d’un film d’horreur.

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                Gustave Doré 1867            Otto Brauwetter          Thorn 2006

-Le Petit Chaperon Rouge- quant à lui, me paraissait un peu naïf mais s’en sortait bien, la grand-mère pas assez méfiante et le loup me dégoûtait ainsi travesti dans le lit… j’y percevais un malaise que je ne m’expliquais pas. Lorsque j’ai recherché des illustrations de ce très célèbre conte, je me suis aperçue que le Petit Chaperon Rouge avait le look digne d'un top model ; parfois très élégant dans l’habillement, la posture coquette, le sourire… charmeur. C’était une séductrice ! En voici le défilé.

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J. Deffett 1859     J. Everest 1865     Gustave doré 1867    Warwick 1913         Jennie Harbour 1921

            Benjamin_Lacombe

                                                      Benjamin Lacombe 2004

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Ci-contre, le Chaperon Rouge, de Sha, qui n'a pas froid aux yeux -Même pas peur! semble t'elle dire... Trouvée chez  la seule fée que je connaisse, chez "sa Marraine, la Fée"...  Delphine a soulevé jadis tous les excès de la Barbe Bleue, ici, et encore ici et la concurence de nos jours, des petits Chaperons Rouges, lors d'un concours.

Dans mon carnet d'adresse, j'ai aussi le nom de Florizelle, princesse sur "Le divan fumoir bohémien" Elle a étudié les différents couchers de la Princesse au petit pois, en détail le capuchon du petit Chaperon Rouge et la "Tire la chevillette et la bobinette cherra" et en suivant les cailloux du Petit Poucet, nous visiterons le boudoir de la fée Clochette.

Un envol de papillons, cela à des ailes comme une fée et belle allure comme une princesse; j'en ai plusieurs qui volètent  à mes fenêtres. "Des papillons" se mêlant aux fées sur une peinture féerique, puis dans des contes et merveilles et pour finir revêtant des habits de fées.

Et si vous cherchez la clé des Contes de Fée, celle de la Barbe Bleue se trouve dans La Boîte à Images...

Texre de caroline_8 et images du web

Posté par caroline_8 à 05:00 - Jeux d'écriture - Commentaires [8] - Permalien [#]

12 novembre 2007

Sur le canapé rouge de l'atelier

Ce canapé là, drapé d’étoffe rouge, se trouve au centre de l’atelier, sous la verrière traversée par les doux rayons d’un soleil d’automne. L’atelier parisien, où toutes deux se retrouvent une fois dans la semaine pour y travailler, accueille des artistes masculins, les autres jours. Le lundi, tôt le matin, elles se retrouvent devant la grille de fer noir et glacé, traversent la cour pavée, retirent la grosse clé, cachée dans la jarre de terre cuite et ouvrent le lieu, tant désiré ces dernières heures. Leurs premiers gestes est d’alimenter le poêle,  à l’aide de bûchettes empilées dans une énorme caisse, d’y poser sur le dessus la bouilloire de métal et d’ouvrir d’un coup sec, les lourds rideaux de velours gris poussière, pour découvrir la haute verrière ; la lumière inonde alors ce lieu à l’odeur de térébenthine.

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La journée peut commencer. Avec gourmandise, elles choisissent leurs pinceaux, étalent sur leur palette des noisettes de couleurs. Devant leur toile bistre et nue, à peine effleurée par la pointe d’un crayon, elles boivent à petites gorgées, le thé parfumé d’un pays lointain, avec cet air complice de –Comme c’est bon et la journée sera belle- Celle-ci se déroule dans le calme de leur travail respectif.

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La plus jeune compose des bouquets de fleurs impétueuses et sauvages, comme l’est sa chevelure ; ses fleurs rebelles semblent vouloir s’échapper de la surface tendue et agrafée sur le cadre de bois. Elle rêve de promenades au jardin, dans les allées de graviers bordées de magnolias roses au cœur desquels, de grands fauteuils de rotin seraient en attente de confidences.

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L’autre, la brune plus mature et posée, trace sur sa toile, des lignes qui se coupent et se recoupent, écrase la pâte ocre, brune, carminée et voilà que s’ouvrent des portes, sur des couloirs et d'autres pièces, vers des escaliers et des greniers; elle qui cherche depuis toujours des réponses, la voilà sur le seuil de son désir d’une maison où elle serait bien à l’abri, loin des obligations et du devoir.

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Leur travail, mais peut-on encore l’appeler ainsi,  est entrecoupé de pauses où leurs conversations animent alors cet espace dédié au partage. Et ces pauses bourdonnantes de leurs bavardages sont accueillies par ce fameux canapé rouge, seule tâche au milieu de ces gris et bruns, fer et bois, froid et brut, d’un rouge amical et intime. Elles peuvent à loisir converser sur leur art, avec les mots des poètes et par petites touches de couleurs, se créer leur vie d’artistes et d’amies. Du temps, rien que pour elles, sur le canapé rouge.

Texte de caroline_8 et clic sur les aquarelles de l'artiste Belinda Del Pesco

Posté par caroline_8 à 07:42 - Jeux d'écriture - Commentaires [6] - Permalien [#]
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