fenêtres sur la cour

ce sont des mots poétiques et de belles images, des traits noirs et de la couleur, des sentiments au goût épicé, des brins d’herbe sur une page blanche, de l’écrit intimiste et des paroles voyageuses dans un tableau de la vie.

16 mai 2008

Du linge en scène

Scène 1:

Les plis et les replis, les nœuds, les vides et les creux, du clair et de l’obscur sur les vêtements qui drapent les personnages de tableaux me ramènent à mes souvenirs d’étudiante en Art, où je devais peindre les plis du torchon d’une nature morte, ô combien académique… l'étude de drapé.

                          Raphaelle_Peale_____1774_1825__

                               Raphaelle Peale 1774-1825

Mais après la représentation laborieuse et figée du simple tissu à essuyer la vaisselle, j’ai eu un attrait tout particulier pour le linge de maison. Le linge froissé, chiffonné, noué, les faux plis qui racontent leur histoire intime dans le boudoir; le linge dont les plis au fer chaud entraînent le classement par piles dans l’armoire; le linge brodé, nommé, lettré et même étiqueté, le blanc rehaussé de rouge, le lin ajouré, festonné, lié d’un ruban de soie et parfumé de brins de lavande me parle, touche et émeut mon âme d’artiste et de femme.

Scène 2:

           I    John_Sloan_Sun_And_Wind_On_The_Roof_1915    Carlos_Reis__As_Engomadeiras__1915

             I. Romanov 1955                   J. Sloan 1915                      C. Reis 1915

Femme d’une journée, d’une vie qui coud, lave et sèche, repasse ces tissus qui drapent de douceur et parfois d’élégance notre quotidien âpre et modeste ; fée du logis qui, par son labeur et son habilité, transforme un lieu de vie en scènes d’intérieur…

Silence, on tourne !

    Isaac_Isoyer

                                    Isaac Soyer -Laundress- XX s.

Scène 3:

Que se passe t'il, dans les chambres, dites d’amour… Rideaux écartés, habits enlevés et jetés à la hâte,  lit défait, lumière du matin. "Volupté de l'absence, luxure de blancheur, l'âme délivrée des pesanteurs survolant les dernières traces des corps" Bernard Faucon

John_Singer_Sargent_1907     orpen_2

J. S. Sargent -Chambre d'hôtel- 1907                     William Orpen -Night- 1907

L'Odalisque brune, de F. Boucher, a suscité bien des émois. Tout le tableau est fondé sur le pli : pli à la fesse, pli au cou selon le même Y, pli de l’étoffe de velours bleu, pli du tapis, que le pied de la table vient d’agripper lorsque la jeune femme l’a approchée d’elle. Le pli s’oppose à la régularité géométrique du mur et du coussin. Le pli fait scène et concentre tous les plaisirs que la toile offre à l’œil : le pli apporte à l’œil la satisfaction scopique. Source.

f_boucher_d_tail_odalisque_bleue_2      f_boucher_d_tail_odalisque_bleue

                                  Détail de l'Odalisque -1745- de François Boucher

Scène 4:

"Etre dans de beaux draps" Les draps ont longtemps désigné les habits. Autrefois, on disait "être dans de beaux draps blancs". Cette expression décrivait une situation honteuse. En effet, à cette époque, les gens accusés de luxure devaient assister à la messe habillés de blanc, ce qui devait faire ressortir les aspects "noirs" de leur vie. Jusqu'à la fin du XVIIe siècle, "mettre un homme en beaux draps blancs" signifiait le critiquer. "Etre dans de beaux draps blancs" voulait donc dire que l'on était sujet aux moqueries, que l'on était dans une mauvaise situation. De beaux draps ou le plaisir de la sieste. Et puis d'un léger rideau sur une fenêtre! 

Clap de Fin.         

Posté par caroline_8 à 04:15 - Oui... Entrez! - Commentaires [3] - Permalien [#]

22 février 2008

De la symbolique d'une porte en Afrique

Dans l’Afrique rêvée ou celle à vivre, l’efficacité de la porte en tant que barrière protectrice procède souvent d’avantage du symbolique que du tangible. Qu’elles soient affectées aux habitations, aux greniers, aux lieux de culte ou aux lieux de repos, les portes s’inscrivent dans cette logique : c’est le moyen de communication du seuil vers l’extérieur –mouvement associé à la naissance- ou vers l’intérieur –mouvement qui évoque la conception- La porte et ses accessoires symbolisent aussi les organes génitaux : la baie et le vantail représentent respectivement le sexe féminin et le sexe masculin. Les mécanismes des pivots mâles et des gonds femelles, de la serrure avec son coffre femelle et le pêne mâle, renvoient aux mêmes significations.

456

Les portes Dogon au Mali ont des fermetures symboliques qui reposent sur la force dissuasive de l’interdit à ne pas transgresser. Celles des sanctuaires sont fermées d’un simple morceau de bois en travers de la baie, celles des maisons sur rue sont munies d’un verrou intérieur accessible de l’extérieur, celles des greniers ont des serrures en bois noyées dans le banco –le duro kunu- ou fixées à même le vantail –le ta koguru- Les différentes parties de la serrure ont une signification symboliques : la serrure a une tête, un cou, un ventre, un dos, un pied et la clé est appelée "enfant de la serrure"

123Les portes de Tombouctou au Mali, jadis ville sainte et de lettrés et aujourd’hui oubliée, sont de type marocain, avec des vantaux en bois d’ébène, un heurtoir de laiton ou de fer en forme de losange. Elles sont décorées de clous de fer et de motifs représentant des oiseaux avec leurs nids et leurs œufs, symboles de fécondité et de savoir.

Les portes de Oualata en Mauritanie, encadrées de larges moulures, sont l’objet de soins particuliers ; les vantaux sont ornés de cabochons et souvent munis de heurtoirs et leur encadrement est le support de décors luxuriants : rosaces, arabesques ou entrelacs d’ocre rouge sur fond blanc avec, en contrepoint, des touches jaunes ou bleues peintes avec une substance préparée à base d’ocre brune, de charbon de bois, de gomme et de bouse de vache.

Les portes Baoulé en Côte d’Ivoire, des sanctuaires, des greniers et des demeures de dignitaires ont des motifs figuratifs à la signification mythologique, symbolique et idéologique sur le thème de l’eau. La porte Baoulé type se caractérise par un motif central : un crocodile, un serpent ou un poisson qui s’accompagne de motifs géométriques, le tout rehaussé de couleurs obtenues à partir de pigments naturels : le rouge ocre de la terre, le noir du charbon de bois, le blanc du Kaolin et le bleu de la lessive.

21235318

Les portes swahili des comptoirs de Zanzibar, archipel de la Tanzanie, sont ornées de sculptures. Leur taille et celle de la serrure et des clous les ornant étaient en rapport avec l’importance de l’édifice, lui-même représentatif de la richesse du propriétaire. Elles associent l’ouverture rectangulaire des portes arabes, avec le tympan en arc de cercle et les vantaux à caissons ornés de clous des portes indiennes. Le vantail de droite –mlango dume- est masculin, celui de gauche – mlango fike- est féminin. Ils sont embossés de clous en bronze ou en cuivre, en laiton ou en fer forgé. Certaines portes sont munies d’un heurtoir richement orné.

21231676

La façade d’une maison, c’est un visage qui fait peur ou qu’il est agréable de regarder. Le vestibule, dont la porte est considérée comme l’aînée des portes, est un passage obligé pour entrer dans une maison ; son seuil est important parce qu’il est sensé filtrer le bien comme le mal. Les Dogon ont une conception, dont G. Calame-Griaule nous fait part, qui diffère sensiblement de la nôtre. À la question : Trouvez-vous plus agréable d'ouvrir ou de fermer ? ils répondent : C'est mieux d'ouvrir que de fermer, car ouvrir c'est faire sortir les richesses.

N'hésitez pas à ouvrir toutes les portes.... pour en découvrir les richesses. Texte inspiré du livre -Portes d'Afrique- de Rahim Danto Barry aux Ed. Norma et photos du web

Posté par caroline_8 à 06:25 - Oui... Entrez! - Commentaires [5] - Permalien [#]

14 décembre 2007

La maison sous le vent et à l’ombre de la véranda

La maison coloniale, étant placée sous le signe du soleil, doit se protéger de la chaleur, liée à une forte humidité, tout en s’ouvrant à l’air qui rafraîchit et purifie. L’origine de la maison coloniale est le bungalow, maison basse construite sur un soubassement, entourée d’une galerie et coiffée d’un haut toit à quatre pentes, type d’habitation sur les côtes du Bengale.

PlantationsDeDianSectionBoMua ChanhLuu

CLIC sur les photos du site de l'Indochine coloniale.

Les pièces sont disposées en enfilade, leurs ouvertures se font face donnant parfois sur un corridor central ouvert aux deux extrémités, ce qui favorise la ventilation. Les fenêtres, dépourvues defauteuil_du_planteur les_persiennesvitres, sont habillées de fins grillages –qui font barrière aux moustiques- et de persiennes –équipées parfois de lames orientables- Les murs des cuisines sont ajourés de dalles de pierre ajourée appelées claustras, laissant passer la lumière et l’air et protégeant des intrusions. Outre ces différents systèmes d’aération, des ventilateurs brassent l’air. Le choix du sol, dans la recherche de la fraîcheur, est important ; le plus simple est celui de la terre battue recouvert de nattes de paille tressée, puis vient le plancher de bois exotique mais les carreaux de ciment, teintés dans la masse, s’avèrent plus conformes avec l’avantage de pouvoir être lavés à grande eau quotidiennement, abaissant la température de l’air, le temps de l’évaporation. Le revêtement des murs est un enduit blanc, badigeon de chaux, parfois teinté de pigments naturels.

Grand_Lahou_Habitation

Photo du site de Worldwide Vintage Postcards

La véranda incarne toute la séduction de la maison coloniale. Elle fait office de porche, accueille les invités. C’est le lieu du repos et des occupations paisibles comme la lecture, les travaux d’aiguille et l’aquarelle, le rituel du thé et de l’apéritif. Née aux Indes avec le bungalow, la véranda varie, une simple galerie de bois aux planches disjointes, un vaste espace aux piliers de ciment moulurés. En 1900-1940, la véranda est une pièce fraîche ouverte sur le jardin ; elle présente un rempart contre les rayons meurtriers du soleil et le déluge de la saison des pluies, tout en laissant circuler le moindre souffle d’air. Le soir, pour se protéger des insectes, elle se ferme par des stores de toile, de bambou ou de nattes tressées.

v_randa_1       v_randa_2       v_randa_3

CLIC sur l'enfance de Marguerite Duras dans la véranda en 1920, à Phnom Penh, Indochine (source -Les Cahiers du Cinéma- Juin 1980)

Dans la véranda, on y installe un mobilier léger, en fer garni de lattes de bois de teck, en rotin ou en bambou ; on y trouve la chaise de planteur, réalisé en acajou, ce fauteuil est entièrement canné avec des accotoirs allongés, le rocking-chair et le hamac. –Sous la véranda de notre demeure, nous tendions des hamacs d’aloès, et là nous passions de longues heures à rêver ou à dormir- Pierre Loti.

Indes

Les malles dans la longue véranda du  bungalow en 1930, à Dishergarh, Indes.

(... ) Forestry House, une vraie maison en bois à étages, recouverte d’un toit de feuilles que mon père va s’employer à construire avec le plus grand soin. (… ) C’est à Bamenda que mon père emmène ma mère après leur mariage, et Forestry House est leur première maison. Ils installent leurs meubles, les seuls meubles qu’ils ont jamais achetés et qu’ils emporteront avec eux partout : des tables, des fauteuils taillés dans des troncs d’iroko, décorés de sculptures traditionnelles des hauts plateaux de l’Ouest camerounais, léopards, singes, antilopes.  La photo que mon père prend de leur salon, à Forestry House, montre un décor très colonial : au dessus du manteau de la cheminée (il fait froid à Bamenda en hiver) est accroché un grand bouclier en peau d’hippopotame, assorti de deux lances croisées. (… ) Pour moi, ces objets, ces bois sculptés et ces masques accrochés aux murs n’étaient pas du tout exotiques. Ils étaient ma part africaine, ils prolongeaient ma vie et, d’une certaine façon, ils l’expliquaient. -L'africain- de J.M.G. Le Clézio Ed. Mercure de France.

Texte inspiré de -Style colonial- de Jérome Coignard Ed. Le Chêne.

Posté par caroline_8 à 03:10 - Oui... Entrez! - Commentaires [6] - Permalien [#]

17 août 2007

Du plaisir de la sieste

von_menzelTout d’abord, créer l’ambiance… fenêtre ouverte pour qu’un petit vent  fasse bouger les voilages, tout légers et transparents afin que la lumière, ainsi tamisée, baigne la pièce de couleurs apaisantes.

La sieste désigne le sommeil pris en milieu de journée, le plus souvent après le repas de midi, mais aussi, plus généralement, toute forme de repos (avec ou sans endormissement) pris en cours de journée par opposition au sommeil de la nuit. Lors de la sieste, il est possible de s'allonger simplement ou de dormir franchement. Le temps varie selon les personnes, de dix minutes à plusieurs heures. Je m'allonge, je m'endors pour une vingtaine de minutes et je m'éveille toute reposée.

367_152b8e0b1eaa6f8cc2a1f9b2648a5137

John Frederick Lewis -La sieste- 1876

Petit repos entre deux grands sommeils, la sieste a pour caractéristique principale d’être un assoupissement qui peut se passer au lit, mais peut aussi se passer du lit… On fait sa sieste, allongé dans l’herbe tendre d’un jardin, dans un épais fauteuil d’une maison de campagne. Personnellement je préfère un lit dans une semi-obscurité; pas besoin de silence, j'aime l'idée que la vie n'est pas très loin.
La sieste ne tolère pas l’agitation haletante, mais elle est s’accommode d’une très légère activité, quasiment somatique, destinée à rendre cette phase infiniment plaisante. Lecture lascive, baisers doucereux, boisson fraîche et café chaud : la sieste est une langueur du corps et de l’âme.
Elle constitue un moment privilégié où le corps est soumis à une baisse de tension qui donne à l’esprit l’occasion de voleter, tout heureux. Et ce d’autant plus que l’état d’indolence de la sieste donne souvent au sens une étrange et inhabituelle acuité: l’ouïe sélectionne les sons qui lui plaisent, le toucher fait de tout contact une caresse, les parfums sont plus vifs et les papilles s’émerveillent des subtilités de la moindre menthe glacée.

M_Zandomeneghi4

Federico Zandomeneghi -En el lecho- 1878

Sa pratique diffère selon les cultures, le climat et les individus. La sieste est couramment pratiquée dans les pays chauds, aux heures les plus chaudes lorsque le soleil est au zénith : la chaleur ne permet pas d'activité très physique et le travail est remis aux heures plus fraîches. J'ai gardé cette habitude et ce besoin, je dirais même ce plaisir, bien sûr, de toutes ces années passées en Afrique. Dans les pays plus froids, la sieste est moins courante. Les enfants en bas âge ont souvent besoin d'un tel moment de repos, au moins sous la forme d'un temps calme organisé dans les structures d'accueil (écoles, centres de loisirs ou de vacances). Véritable art de vivre en Europe du Sud et en Amérique latine, la sieste est encore mal vue en France. Pour les adultes, en Occident, la sieste est souvent vue comme un luxe, un temps volé au temps de travail ou à d'autres activités.

Balthus_1943

Balthus -La dormeuse- 1943

Heureux ceux qui aiment sombrer dans une sieste réparatrice au milieu d'une dure journée de labeur ! ... Et je fais partie de ceux-ci. Cet instant privilégié figure en bonne place dans la correspondance et les journaux d'André Gide ou de Thomas Mann, dans les romans de Jorge Amado ou Miguel Angel Asturias. -La sieste est un moment déterminant : pour se recueillir, réfléchir, rêver, (...) et dormir- (Thierry Paquot -L'art de la sieste- Ed. zulma)

Posté par caroline_8 à 06:27 - Oui... Entrez! - Commentaires [10] - Permalien [#]
« Accueil  1