20 février 2009
A défaut, j'aurais rêvé de cet endroit-là...
Bien sûr, je pourrais rêver monter sur un cargo blanc, humer l’air du grand large et m’aérer l’esprit, débarquer enfin sur une terre chaude et pleine de couleurs; oui je pourrais aspirer à une évasion de ce type là… mais j’ai déniché un endroit beaucoup moins éloigné, un refuge au détour d’une route d’Irlande, la neige étouffe les pas de ceux qui s’égarent, le silence y est l’hôte de marque et la solitude est une compagne très recherchée.
Au détour des couloirs aux couleurs des peintures de Vilhelm Hammershoi * j’aurais ouvert des portes sur des lieux de repos. Je n’aurais eu que l’embarras du choix mais j’aurais été séduite par la lumière de cette chambre monacale et illuminée, il est vrai, par un pâle soleil d’hiver se réfléchissant sur le papier de l’alcôve. De quoi sustenter tous mes rêves d’ailleurs, dès mes yeux ouverts aux petits matins froids et brumeux...
Chaudement vêtue, je n’aurais plus qu’à me mettre à ma table d’écriture pour que, dans le calme et l’inspiration enfin retrouvée, je puisse vous faire parvenir, de ce lieu de retraite mes billets frileux, mais telle des lettres d’amitié s’envolant d’une fenêtre de cette demeure, pour se déposer aux Fenêtres sur la cour.
Texte de caroline_8, inspirée par le billet de NIBS my point of wiew, via Little Yellow Bird
03 octobre 2008
L'atelier de l'homme qui marche
Pour Vanessa et ses ateliers d'artistes, en attente de...
C’est le 1er décembre 1926 qu’Alberto Giacometti s’installe dans l’unique atelier de son existence parisienne, au 46 rue Hippolyte-Maindron dans le XIVe arrondissement de Paris.
Giacometti par Doisneau - 1957
Alberto Giacometti va passer près de 40 ans dans ce tout petit atelier sombre et poussiéreux. Une espèce de chaos, de désordre apparent, un lieu où même Annette, sa femme, n'avait pas le droit de déplacer les choses qui s'y trouvaient ni même de passer un chiffon sur les vitres recouvertes de cette poussière blanche ou grise qui filtrait la lumière. Le 46 de la rue Hippolyte Maindron, c'est le lieu de toute une vie.
De 1954 à 1958, Jean Genet se rend régulièrement poser dans l'atelier de Giacometti. Tandis que Giacometti travaille, Genet l'observe. Plusieurs portraits témoigneront de cette rencontre et un texte : L'Atelier de Giacometti, publié en 1958. ... Et c'est tout l'atelier qui vibre et qui vit. J'éprouve cette curieuse impression que, s'il est là, sans qu'il y touche, les statues anciennes, déjà achevées, s'altèrent, se transforment parce qu'il travaille à l'une de leurs sœurs. Cet atelier d'ailleurs, au rez-de-chaussée,va s'écrouler d'un moment à l'autre. Il est en bois vermoulu, en poudre grise, les statues sont en plâtre, montrant la corde, l'étoupe, ou au bout un fil de fer, les toiles, peintes en gris, ont perdu depuis longtemps cette tranquillité qu'elles avaient chez le marchand de couleur, tout est taché et au rebut, tout est précaire et va s'effondrer, tout tend à se dissoudre, tout flotte : or, tout cela est comme saisi dans une réalité absolue. Quand j'ai quitté l'atelier, quand je suis dans la rue c'est alors que plus rien n'est vrai de ce qui m'entoure. L'atelier d'Alberto Giacometti de Jean Genet aux Ed. Gallimard -Collection L'arbalete
En 1962, c'est désormais un maître reconnu, recherché et coté mais Giacometti s'entoure d'une pauvreté qui le protège, parce qu'elle tient à distance. Il vit et travaille dans l'atelier exigu et haut de plafond, sans aucun confort, travaillant jusqu'à l'épuisement, couvert de plâtre. Comme le voyait déjà Genêt en 1957, dans cet atelier un homme meurt lentement, se consume, et sous nos yeux se transforme en déesses.
Cet atelier cristallise en lui seul tout le processus créatif de Giacometti. En plus d’avoir quasiment été un lieu de vie, ce petit espace de 25m2 a concentré, tout au long de son existence, son travail acharné et son art : c’est là, dans ce lieu sombre et spartiate qui ressemble fort à une grotte, que Giacometti a conçu, étapes par étapes, ses œuvres singulières. C’est un lieu qui a une âme, chargé d’aura, symbole de la bohême parisienne et de la vie de l’artiste : il est à l’image même de l’interminable quête qui caractérise l’œuvre du sculpteur et du peintre. Il a d’ailleurs fini par lui ressembler : les murs usés et laminés rappellent forcément l’érosion de ses sculptures longilignes et émaciées.
(...) Les murs mêmes de l’atelier étaient pour Giacometti un support de création : au même titre que ses carnets d’esquisses, il dessinait dessus, de façon parfois compulsive. Graffitis, égratignures, dessins préparatoires, inscriptions ou traces de doigts font que les murs de l’atelier sont aujourd’hui considérés comme des œuvres à part entière. (texte tiré du blog Le Courant)
L’Homme qui marche * n’est pas la solitude. C’est un homme parmi d’autres, un arbre, une forêt.
Sources: -L'atelier d'Alberto Giacometti - de Jean Genet aux Ed. Gallimard -Collection L'arbalete et photos, tirées de ce même livre, de Ernest Scheidegger . A lire aussi: L’Atelier d’Alberto Giacometti sur le blog de Terres de femmes.
20 juin 2008
Ô temps, suspends ton habit
L’armoire à linge de Florizelle propose des vestes et des manteaux, des draps dentelés, des robes aux manches nouées, des vêtements de travail, des kimonos bien pliés sur une barre, de petites chemises enfantines comme des tableaux et des robes telles des lampions accrochés dans un arbre. En écho, j'ouvre une porte... celle d'Andrew Wyeth, peintre réaliste américain, celle de sa résidence d'été à Cushing dans le Maine.
Andrew Wyeth -Squall- 1986
Le thème récurrent de son art est la terre, ses habitants et sa technique de peinture est la tempera. C'est un procédé de peinture utilisant le jaune d'œuf comme médium pour lier les pigments de couleur. Ainsi, elle donne des couches picturales irréversibles et d'une rare stabilité. Aujourd'hui cette technique ancestrale est réutilisée par de nombreux artistes, qui veulent atteindre la perfection dans la transparence et la profondeur de leurs teintes.
A. Wyeth -Curtain Call- 1979 A. Wyeth -French Connection- 1980
Andrew Wyeth -The Quaker- 1975
En suspens...
Andrew Wyeth peint des vêtements accrochés aux murs, à une patère, sur des portemanteaux. Ces objets sont porteurs de symboles : la solitude de l'instant dans une obscurité imminente, le silence du lieu et le non-dit émotionnel font qu'ainsi le temps est suspendu comme un habit. Scène de vie figée, accrochée tel un tableau, dans l'attente d'aller à la rencontre d'une nature bien présente derrière.... Suspendue à la pointe du pinceau coloré d'Andrew Wyeth, comme suspendue aux lèvres du conteur, j'imagine l'histoire derrière les portes, les fenêtres de la résidence d'été à Cushing dans le Maine.
...
Texte de caroline_8 et CLIC sur les peintures à la tempera de Andrew Wyeth.
28 mars 2008
L'atelier ou le monde intérieur du peintre
Du XVIIème au XXème siècle, Paris est la capitale universelle de la peinture. On vient se former à l’Ecole des Beaux Arts et dans les innombrables académies ouvertes à tous. Alors les artistes s’installent à Paris, car c’est là que souffle l’esprit de la création. Des quartiers entiers deviennent des cités d’artistes.
L. A. Droling 1810 L. A. Droling 1810 A. Massé 1830 Jakob Alt 1836 C. Nevinson 1926
Peindre l’atelier, où l’on a étudié, est une façon de garder un souvenir de jeunesse, tout en rendant hommage à son maître. Au XIXème s. cet exercice de mémoire est pratiqué, avec bonheur, par les jeunes femmes peintres pour qui la vie d’atelier est une précieuse ouverture sur le monde. Le succès des ateliers libres tient beaucoup au fait qu’ils accueillent deux catégories d’étudiants qui n’ont pas accès à l’Ecole des Beaux Arts : les étrangers et les femmes. Au XIXème s. face à l’importance de la demande, les ateliers réservés aux jeunes filles se multiplient. Car si l’art n’est pas une profession pour une femme honnête, il fait partie de la formation de base des jeunes filles bien nées.
Adrienne Marie Louise Grandpierre Deverzy -Atelier d'Abel de Pujol- 1822
Quand ils sont jeunes et pauvres, les artistes passent leur temps à chercher un refuge dans les quartiers populaires : mansarde, chambre d’hôtel miteux, appartement délabré, écurie ou garage désaffectés, entrepôt abandonné.
O. Tassaert 1848 J. F. Bazille 1865 J. F. Bazille 1866 A. André 1901
Peindre ne demande pas un matériel considérable. Encore faut il disposer d’un minimum d’espace. Au début du XVIIIème s. plus de la moitié des peintres parisiens vivent dans une seule pièce et sous les toits, pour la vue dégagée et la lumière. Le thème du peintre misérable dans sa mansarde fait partie du folklore de la bohème. J. F. Bazille tenait à rendre compte de ses dépenses : J’ai acheté, aux conditions que je vous ai dites, un lit en fer avec sommier et matelas, une table de nuit, une toilette en fer, des rideaux, quatre chaises, une table et un fauteuil qui est mon seul luxe ; j’ai renoncé au tapis.
Octave Tassaert -l'atelier chambre- 1825
Tous les peintres, heureusement, ne vivent pas dans la misère., mais dans des salons-ateliers : à l’aspect d’un musée baroque, d’un cabinet d’antiquaire des meubles, des objets d’art, des bibelots, des étoffes qui révélaient les passions et les goûts du peintre et de l’artiste.
C. Monet 1861 A. Stevens 1869 H. Margottet 1872 A. André 1921
On est dans les coulisses de l’atelier, au plus près du travail de l’artiste. Le peintre peut se retirer dans son atelier pour donner corps à des émotions ramenées de l’extérieur ou au contraire faire, de son atelier, le sujet de sa peinture.
Cornelis Norbertus Gysbrechts -Au dos d'une peinture- 1670
Outils de travail, les meubles. Peindre les objets eux-mêmes , mais aussi l’espace qui les sépare, l’air qui les baigne, les relations qu’ils entretiennent les uns avec les autres, leur pesanteur et leur dynamique interne, leur distance avec l’œil du peintre.
C. G. Carus 1824 A. Vollon XIXème s. E. Delacroix 1857 M. Ramart XXè s. H. Matisse 1903
Espace de solitude et de recueillement, l'atelier incarne la vie imaginaire du peintre. Il est l’espace où se déploient les fantasmes de l’artiste, où ses émotions prennent corps. Il est l’image de ses obsessions, de son désarroi, de son vide ou de son désordre intérieur. C’est l’atelier qui engendre l’œuvre et donne vie à la peinture.
Félix Valloton -Autoportrait- 1887
Texte inspiré du livre -Le peintre et son atelier- de Fréderic Gaussen aux Ed. Parigrammes.
23 novembre 2007
Du sable plein les yeux
Au début du XXème siècle, des diamants ont été découverts dans le désert de Namib, près de Lüderitz. C’est la plus ancienne ville du Sud-Ouest Africain et elle se situe dans le sud de la Namibie, dans la région de Karas. Après la découverte de diamants en 1909 et la ruée vers ce diamant qu’elle provoqua, la ville de Kolmanskop fut fondée par des colons allemands.
Elégante ville reliée à Lüderitz par une ligne de chemin de fer, Kolmanskop comprenait tout ce dont a besoin une ville : une usine de glace et de limonade, des commerces, une école, un hôpital, une piscine, une salle de sport, une salle des fêtes, un bowling, un théâtre et même un casino. En plus des ouvriers namibiens qui y travaillaient, 300 adultes et 40 enfants allemands y vivaient.
Tous les matins, il y avait livraison de pains de glace, de boissons fraîches et de lait pour chaque famille. De fortes grilles métalliques entouraient maisons et jardins, permettant de maintenir l’avancée du sable sur la ville.
Après la première guerre mondiale et la découverte de gisements de diamants à Oranjemund, le déclin de Kolmanskop commença. Quarante années pour naître, prospérer et mourir. La ville s’est peu à peu vidée et les dunes de sable ont peu à peu gagné du terrain. Bientôt les barrages de fer s’effondrèrent, les rues et les jardins ne furent plus que sable, les portes et les fenêtres sortirent de leurs gonds, les vitres cassées s’ouvrirent à perte de vue sur le désert.
Dès 1956, Kolmanskop devient, aux portes de Lüderitz, l'attrait touristique principal : le célèbre village fantôme, envahi par le sable. Les visiteurs se pressent ainsi dans l'ancien hôpital, le théâtre encore en bon état et dans les maisons coloniales ouverts aux quatre vents, au vent du désert. La nature a repris ses droits.
Texte traduit et retravaillé par caroline_8 N'hésitez pas à cliquer sur les magnifiques photos pour mieux les apprécier. Celles marquées d'un * sont du photographe Oleg Lopatkin.
24 août 2007
Un rêve de voyage... c'est déjà un voyage. M.Halter
Déserts, voyages à l'infini
Même si le sud marocain se développe, il manque d'hébergement de charme, notamment en dehors des grands centres touristiques. Les organisateurs, de randonnées chamalières dans le désert, ont constaté une demande et un réel désir de sortir des sentiers battus et de s'immerger totalement dans le paysage. Aussi, ils ont conçu des camps nomades, qui tout en gardant l'âme des bivouacs, s'approchent au maximum du confort hôtelier.
Le camp de l'Oasis, situé entre deux palmeraies de la vallée de l’oued Izerki, permet de vivre l’immersion dans une vallée du Sud Atlas. Après la traversée d’un plateau de roches noires, l’arrivée dans ce camp est un total étonnement. L’espace est vaste mais chaleureux. Des tapis, des éclairages discrets et un feu de bois la nuit, participent à la mise en valeur du lieu. A l’abri d’une tonnelle, confortablement installés sur des tapis et des coussins, vous observerez les sommets enneigés de l’Atlas à l’horizon, tandis que les profils des casbahs sur le fond de la vallée seront autant d’invitations à la balade... ou au rêve.
Le camp possède dix tentes et chaque tente-chambre est une tente nomade "khaïma" spacieuse de 25m² environ, confortable et bien équipée : tapis au sol, fauteuils, portants avec étagères, coffres de rangement… et un vrai lit double sur pieds. Les tentes sont toutes aménagées avec des matériaux locaux traditionnels. C’est une décoration sobre sous des tentures blanches qui contraste avec l’ocre des tentes et la richesse de leur tissages.
Le camp du Sultan est au sud du djebel Sagho, à l’est de Ouarzazate, où s’ouvrent les grands espaces qui conduisent au vaste Sahara. Les dunes y sont adossées à des plateaux noircis par le soleil ou bien tracent le lit des oueds vers l’horizon. Des villages de briques crues dissimulent leur palmeraie au creux des oueds. Le camp de charme est composé de dix tentes caïdales en coton et doublures intérieures.
Les tentes disposent d’un lit touareg traditionnel, mais recouvert d’un matelas avec parure complète, oreiller couette et moustiquaire. Derrière le lit est disposée, une tenture avec un miroir et un petit meuble de toilette intégrant une vasque en cuivre et un broc d’eau. L’éclairage des tentes individuelles se fait à la bougie et à la lanterne. Il y trois tentes douches sur caillebotis avec réservoir d’eau et lavabo.
Safaris au Kenya
Les organisateurs de safari photos ont bien compris qu'il ne suffit pas d'aller à la rencontre des animaux en 4*4, mais que de vivre au milieu d'eux est le souhait des amoureux de la nature; aussi les campements ont été plantés au coeur même de la vie animale, certains fixes et très confortables, d'autres itinérants et plus spartiates.
Au kenya, le camp de Porini Rhino est situé entre les collines des Abédares et le mont Kenya. Pour y observer le rhinocéros noir, les léopards, les éléphants, les buffles et les lions, le camp comprend six spacieuses tentes, meublées et équipées d'une salle de bain; chacune éclairée écologiquement par l'énergie solaire.
Le camp d'Amboseli Porini se situe à quelques miles au nord du Parc National d'Amboseli. Pour y observer les oiseaux migrateurs, le camp comprend neuf spacieuses tentes, confortablement meublées et équipées de douches et de toilettes.
Le camp de Porini Lion est situé le long de la rivière Ntiakatiak, en permanence occupée par des hippopotames. Le camp comprend dix luxurieuses tentes avec le long de chacune, une véranda privée. Chaque tente possède une salle de bain avec toilettes et eau chaude.
Le camp de Mara Porini s'ouvre sur la savane, bordé de forêt, de sources, de ruisseaux et de rivières, de collines arrondies et de vues spectaculaires sur la région de Mara. Le camp comprend six tentes à l'ombre d'acacias à l'écorce jaune. La nourriture est excellente avec son pain fait maison, ses salades fraiches et sa viande de grande qualité, cuisinée par un chef.
Et surtout, n'hésitez pas... CLIC sur les photos tirées des sites de Déserts, voyages à l'infini et de Kenya Safaris Tour.
25 juin 2007
Il découvrait le monde. Sa vie redevenait un voyage.
Le 11janvier 1832, Eugène Delacroix s'embarque à bord de La Perle amarré en rade de Toulon. Destination : Tanger. Delacroix parvint à se faire accepter dans l’ambassade extraordinaire, envoyée par le roi Louis-Philippe, que Charles de Mornay devait conduire au Maroc afin de s’assurer des intentions du sultan Moulay Abd er-Rahman, commandeur des croyants, face aux évènements d’Algérie. Au fil de ce voyage, qui s'achèvera en juillet 1832 après deux escales en Espagne et à Alger, Delacroix accumule comme autant d'aide-mémoire une somme considérable de notes et de croquis.
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Cour de Tanger 1832 -Eugène Delacroix (1798-1863)
La technique de l’aquarelle, par la rapidité d’exécution et le peu de moyen nécessaire à sa mise en œuvre, devint la technique privilégiée des peintres voyageurs. " L'aspect de cette contrée restera toujours dans mes yeux, les hommes et les femmes de cette forte race s'agiteront, tant que je vivrai, dans ma mémoire. "
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Intérieur mauresque 1832 - Eugène Delacroix (1798-1863)
En quelques mois, Delacroix réalise plusieurs milliers d’aquarelles, réunies en sept carnets. "(…) je suis dans ce moment comme un homme qui rêve et qui voit des choses qu’il craint de voir lui échapper. J'éprouve des sensations pareilles à celles que j'avais dans l'enfance."
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Alcôve mauresque 1832 -Eugène Delacroix (1798-1863)
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Annotés à la mine de plomb afin de préciser ici une indication de couleur, là une impression dont il souhaite conserver le souvenir, ces dessins sont souvent exécutés à l’aquarelle sur une rapide esquisse préparatoire au crayon noir. " Mais comment rendre cette étrange symphonie de parfums ? Ces senteurs musquées d'ambre, de clous de girofle, d'épices, ces fragrances qui se superposent ? "
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Ses dessins apparaissent comme autant de notations fugitives qui constituent, au fil des mois, un extraordinaire album de voyage auquel le peintre fera régulièrement appel jusqu’à la fin de sa vie. " Le sublime vivant court ici les rues"
CLIC sur les aquarelles qui proviennent du livre -Delacroix. Voyage au Maroc. Aquarelles- aux Ed. Bibliothèque de l'Image. Les phrases d'Eugène Delacroix, en italique, sont extraites de -Souvenir d'un voyage dans le Maroc- aux Ed. Gallimard.
13 juin 2007
De la cabane dans l'arbre à celle du poète
Architecture légère, vite construite, avec des matériaux de récupération, dans des taillis, contre un mur au fond du jardin, entre deux arbres et parfois perchée dans leurs branches, la cabane du jeu et de l’enfance symbolise la liberté du geste, un choix de l’essentiel, un espace à vivre à part, précaire, éphémère. On joue à construire, à installer avec le souci de reproduire une maison à sa propre échelle.
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Mais l’enfant grandit et sa cabane peut devenir réellement sa demeure ; son lieu de vie reste un refuge, certes confortable mais relié à la nature. Ces cabanes-refuges isolées sont habitées par des solitaires, des ermites volontaires, incapables de se contenter d’une maison classique ; ils veulent d’un repli, d’un endroit où l’on se retire, lieu protecteur et rassurant. Mais sans rupture car cet espace intérieur est en prise avec ce qui l’entoure. L’extérieur est en harmonie avec la nature, très poétique, même ascétique ; quant à l’intérieur, il a l’esprit cabane, très imaginé, très rêvé.
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Avoir l’esprit cabane, c’est avoir une conscience politique de sa vie, c’est être libertaire par le choix de la cabane liée au nomadisme peu soucieux d’accumulation de biens. La cabane satisfait l’esprit léger de l’homme, ses envies d’union à la nature et son goût du vagabondage et de la rêverie ; ce qui nous mène à la cabane, évoquée par la littérature, comme une méthode à rêver, à imaginer, à être, à penser avec tout ce qu’il y a de merveilleux et de divin.
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Cabane du pêcheur, du jardinier, du peintre, du poète, de l’ermite, cabane de sieste, cabane de thé… Elle offre à son occupant, souvent unique, un abri et surtout une évasion du quotidien, un repli sur soi, un moment de rêve, une échappée dans l’imaginaire. Car habiter en poète est la seule condition de la liberté. C’est un lieu fragile et sensible, lieu de méditation lorsqu’on lui confère une dimension spirituelle, où le poète et le philosophe pourront réinventer le monde, feront acte de vie dans la constante exposition de soi aux autres et au-dehors de cette cabane, face à l’univers. Il n’y a pas de meilleure définition, que celle-ci, pour qualifier la cabane du poète, l’espace du blog, ma cabane de l’écriture, mes -fenêtres sur la cour-
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Ma cabane à moi, ma cabane de l’écriture est plus qu’un rêve, c’est une maison onirique, d’intimité absolue ; mais un lieu en suspension, en devenir, en évolution… je suis les mots, je suis l’écrit ; cette maison, aux fenêtres sur la cour, est devenue celle de l’écriture.
Texte inspiré du site de Robin Hunzinger et CLIC sur les photos tirées du livre -A guide to the Woodbutcher's Art- Collection Art Boericke/Barry Shapiro. Aux Ed. A& W Visual Library, livre épuisé mais que je possède depuis les années 85.
21 mai 2007
De l'intimité dans la nuit d'une femme
Félix Edouard Vallotton se joint aux Nabis en 1897, qui ont pour but de retrouver les sources pures de l'Art, après les effusions de l'Impressionnisme. Ils s'expriment librement et veulent suggérer l'essentiel, c'est à dire le rêve, la spiritualité et l'intimité dans la vie courante. Les Nabis attribuent un pouvoir émotionnel à la ligne. Vallotton a l’obsession du moi, qui s’exprime plus par l’écriture que par le dessin: le peintre franco-suisse s'est exprimé par des méticuleux écrits: livre de raison, livre de compte, journal… sans parler des romans autobiographiques.
Ce soir-là, c'est la rencontre avec l'exitation propre à toutes les premières fois. Elle espère de cet homme ce qu'aucun, ni même son père, ne lui a donnée et d'intérêt et de respect et d'admiration.
La visite 1899-Félix Vallotton (1865-1925)
La soirée s'annonce fiêvreuse, passionnée et pleine de désirs trop longtemps contenus, trop longtemps attendus, mais cette nuit, enfin réalisés.
Couple dans un intérieur 1898-Félix Vallotton (1865-1925)
Au petit matin, elle tente de réchauffer son corps apaisé et son coeur bien meurtri... N'a t'il pas claquer la porte sur leur intime nuit avec le prétexte d'un rendez-vous d'affaire, tôt ce jour!
Femme nue devant une salamandre 1900-F.Vallotton (1865-1925)
Quand elle a des bleus à l'âme, elle a recours à la lecture, aux mots salvateurs; les livres ont toujours été le refuge quand la vie fait mal, l'espoir quand elle désespère de la beauté du monde, et surtout le guide pour étayer sa recherche intérieure. La journée sera de nouveau belle.
La liseuse 1922- Félix Vallotton (1865- 1925)
Les intérieurs nabis montrent que l’élément féminin est le ressort du drame caché, dans des scènes où la femme est la proie du désir masculin. Le sexe féminin est toujours chez Félix Vallotton dans une situation extrême. La femme est moins pour lui une beauté idéale que la -terrifiante associée- de l’homme, non le repos, mais le danger, la tension créatrice d’où, dans de nombreux nus féminins, -le venin des couleurs environnantes pour arrêter le désir dans son élan-
Texte en italique de caroline_8
05 mai 2007
La porte du voyage sans retour
Située à moins de quatre kilomètres de Dakar, au centre de la rade que forme la côte sud de la presqu'île du Cap-Vert, l'île de Gorée offre un abri sûr pour le mouillage des navires. De ce fait, elle a été, depuis le XVe siècle, un enjeu entre diverses nations européennes qui l'ont successivement utilisée comme escale ou comme marché d'esclaves.
-Qu’en ce lieu, où la dignité humaine fut malmenée, qu’il nous revienne la nécessité de faire l’homme qu’il reste à faire- (Boubacar Joseph N'Diaye)
La Maison des Esclaves, date de 1776. Construite par les Hollandais - c'est la dernière esclaverie en date à Gorée. Pendant trois siècles et demi, les africains furent traqués, chassés, arrachés à leur sol natal comme les racines des temps, sous la torture et l'humiliation.
Le départ aux Amériques cela dépendait aussi des acquéreurs, le père allant sur la Louisiane aux USA, la mère au Brésil ou Cuba, l'enfant à Haïti ou aux Antilles. La séparation était totale. Ils partaient de Gorée, sous des numéros de matricule et jamais sous leurs noms africains.
Dans des cellules réservées aux hommes, faisant chacune 2,60 m sur 2,60 m, on mettait jusqu’à 15 à 20 personnes, assis le dos contre le mur; des chaînes les maintenant au cou et aux bras... généralement dans cette maison, ils y vivaient dans un état d’hygiène si repoussant que la première épidémie de peste, qui a ravagé l'Ile en 1779, est partie de ce lieu.
Pour ces pauvres enfants, dans cette galerie donc, ils y couchaient entassés exactement comme dans une boite à sardines et l’âge d'un enfant dépendait de sa denture, faute d’état civil.
Les jeunes filles étaient séparées des femmes parce qu'elles étaient plus chères. Dans ces esclaveries, la valeur d'une femme dépendait de ses seins et de sa virginité.
Et là, c'est ce couloir oblique que l'on appelle aujourd'hui "la porte du voyage sans retour". Parce qu'à partir de cette porte, donnant sur la mer, pour ces esclaves, c'est l'adieu à l'Afrique.
Vous aviez, à partir de cette porte, un quai en renier (bois de palmier) servant d'embarquement et au moment des embarquements, certains esclaves, évidemment, tentaient de s’évader en plongeant. Ces pauvres ne pouvaient pas aller loin, parce qu'abattus par les gardiens ou dévorés par les requins. Et pourquoi ces requins, parce que malades ou agonisants étaient jetés à la mer et cela attirait les requins.
Ainsi, après avoir été, entre l'Afrique et les Amériques noires, le trait d'union symbolique de la désolation, Gorée devient-elle peu à peu un symbole d'espoir, vers où, de plus en plus nombreux, convergent aujourd'hui, en une sorte de pèlerinage, les descendants des déportés de jadis, en quête de leurs racines et tous ceux qui entendent puiser dans son histoire, les raisons d'une nouvelle solidarité des peuples.
Texte et très belles et tristes photos tirés du site -L'île de Gorée, la maison des esclaves-


























































































