18 mai 2009
D'un petit carnet 1978 # 12
C’est un enfant
Et moi, l’ébauche d’une femme :
Il rit, il a envie de jouer
Mais je me fais sérieuse.
Mon incertitude, mon imprévu !
Je te dessine et tu t’agites :
Gribouillages,
Un peu sages, un peu fous,
Esquisse de ma vie.
Mais agacée, blessée,
La feuille est déchirée,
Le crayon est tombé.
Etonné, l’enfant s’arrête
Surpris par le vide, le silence.
Envie forte de tendresse,
-Dessines-moi, aimes-moi !
Je reprends le crayon et lui, la pose pour croquer un enfant sage.
-Le dessin- (1978) et peinture de Odilon Redon: son fils Ari Redon, 1898, Art Institut of Chicago.
21 janvier 2009
D'un petit carnet 1978 # 11
La chambre est plongée dans le noir.
Les yeux grands ouverts,
Elle pense aux hommes qu’elle a aimés,
Plus particulièrement au dernier,
Le brun aux yeux sombres.
Elle frissonne et se rappelle
Cette nuit-là son regard,
Leurs regards dans le bois.
Elle n’aurait pas su dire non…
Le souvenir est doux et précis,
Les yeux à présent clos goûtent,
S’attardent sur cet instant…
Mal, elle a mal… Lumière !
Celle-ci inonde les draps.
Son corps est si seul, si nu
Et le vide si vrai, si vain,
Qu’elle retourne à l’obscurité,
A sa nuit, à son regard.
Aux yeux noirs, ceux du bois dans le soir.
-Les yeux- (1978) et peinture de Klossowski de Rola Balthasar, dit Balthus
15 septembre 2008
D'un petit carnet 1978 # 10
Tard dans la nuit,
Sur une table,
Un cahier ouvert, offert à la pointe de bleu,
Odeur d’encre.
La plume court entre les lignes,
Dépose au creux des pages blanches,
Les rires de l’enfance,
Les murmures et les soupirs de l’adolescence.
L’écriture ondule, féminine, se déroule,
Vagues,
S’échouent en vert, bleu, jaune intense
Les pensées d’une femme.
Colorés sont les mots que doucement elle articule.
La musique de ses phrases s’amplifie, éclate
Et le vent qui se lève
Par la fenêtre ouverte, emporte les feuilles écrites.
-Journal- (1978) et peinture -Wind from the sea- (1947) de Andrew Wyeth
06 juin 2008
D'un petit carnet 1978 # 9
Des traits bleus d'encre
Et des taches.
Des rondeurs puis des points,
Exclamation,
S'écrivent les mots.
Des ratures noires,
Des absences, suspension...
De belles phrases
Et même des fautes.
Un texte écrit, dessiné
A la plume qui gratte
Qui crache l'amour le rouge,
La peur le vert, l'envie le bleu.
Ce besoin d'écrire sur tout
Et sur:
Du papier lisse et blanc.
Un cahier tout jaunie et taché
D'une trace de vie.
La vie.
Une peinture épaisse, chaude
Qui me ressemble,
M'assemble
Sur un morceau de papier toile.
-Les mots en peinture- (1978) et les journaux de Etty Hillesum
20 février 2008
D'un petit carnet 1978 # 8
Elle se penche vers lui,
Vers l'homme qui lit ou qui pense,
Pense au loin. A je ne sais quoi.
Elle se penche tendrement...
Vers le vide.
Un sourire muet seul l'étreint.
Elle se penche vers l'enfant,
Son petit qui, bien bordé, sourit
Dans son sommeil. A je ne sais qui.
Elle se penche tendrement...
Dans le noir.
Un soupir s'envole.
Elle se penche vers la ville,
Vers ces lumières qui fascinent,
Vers cette rumeur qui gronde.
Elle se penche lentement...
Vers la vie
Et bascule dans le néant.
-Elle... comme Maîmouna- (1978) et Illustration de Harris Burdick
23 janvier 2008
D'un petit carnet 1977 # 7
Une page toute blanche
Et la pluie tombe drue,
Tambourine sur les carreaux,
Mon coeur, lourd
De chagrin, cogne.
Et tout ce bruit,
Ce vide, ce blanc,
Et le crayon qui tremble,
Qui griffonne et râture,
Soulage mes larmes,
Cesse l'orage
Et dans le silence,
Une page s'est écrite.
-Ecriture- (1977) et peinture - Shadow - de Mark Fleming
26 décembre 2007
D'un petit carnet 1977 #6
Ecrire… des mots
Pour se découvrir.
Peindre… des formes colorées
Pour s’épanouir.
Besoin d’écrire et de peindre
Pour vivre.
Hantise devant le blanc.
Sur le papier, la toile
Créer la vie,
Animer l’espace,
S’écrire en couleurs.
Avec des crayons, des pinceaux,
Colorier son âme
Et prendre soin d'elle,
Sous sa propre lumière.
-Ebauche et croquis- (1977) et clic sur peinture inconnue.
07 novembre 2007
D'un petit carnet 1977 #5
La maison rose n'aura pas ta visite,
Cet automne là;
Malgré ses murs épais,
Des étrangers bravent son jardin.
Mon amour est piétiné
Et tu es loin.
Les volets sont ouverts
A l'hiver indiscret
Et j'ai froid au coeur.
Qu'il est fragile, le chemin
Pour te retrouver
Et sur ce chemin de convenance,
Il n'existe plus de maison rose.
-La maison rose- (1977) et clic sur peinture à l'huile d'Aneth, avec sa gentille autorisation.
26 septembre 2007
D'un petit carnet 1977 #4
De draps froissés par la nuit,
D'une tendre moiteur qui nous lie,
D'une fenêtre ouverte sur un lit défait,
D'un rai de soleil au parfum de l'amour, D'un matin au goût sucré d'un café,
Du silence fait de mots doux, chuchotés.
Chuchote moi cet instant,
Pour ne pas m' éveiller.
Il est cinq heures, je rêve seule.
Mais debout, à la porte de la chambre,
Le corps encore alangui de sommeil,
Elle cherche à tatons et dans le noir,
Le compagnon de ses nuits,
Un chat tigré, enfin de retour.
-Le petit matin- (1977) illustré par une peinture du "lit défait" de René Peyré.
28 août 2007
D'un petit carnet 1977 #3
Au matin, éveil au côté de l’idéal
Et des rêves plein les yeux ;
Soif de l’insolite, affamée de la vie.
Dans le miroir,
Le reflet de la nuit s’évanouit ;
Reste le cri au son fêlé,
Qui déchire les draps.
Café au lait, un vieux rock’n’roll,
Des jardinières en fleurs,
La porte s’ouvre à la journée.
Le soleil dans les rues
Et des dessins sur un mur,
Une palette de couleurs dans le cœur,
Je redessine Paris.
-Comme une chanson d'un jour heureux- (1977) et peinture de Robert Delaunay -Le Champs de Mars- (1911)








