30 octobre 2009
Etiquettes d'un voyage imaginaire
Comme une suite au billet "du bagage et du voyage" et de celui de "On aurait dit que j'étais partie en voyage..."
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Passeport en règle... attention au départ! Sortons de Paris, allons vers la mer, embarquons sur le premier cargo en partance pour l'Amérique du sud, l'Afrique... vers l'ailleurs; l'aventure extrême et la beauté du monde sont à nos pieds, chaussés de pataugas, sac au dos, nez au vent et le cœur palpitant, partons en voyage... vers les autres et vers la découverte de soi. Vers un port... son port.
Vintage Truck
Envie de reprendre la route, j'ai fait mes valises, j'ai préparé les cartes du voyage et j'ai ouvert la porte... sur le sable jaune du désert, rouge de la piste, dans le vent chaud des plaines, face au feu de brousse, sous le soleil des tropiques tout d'abord; après je suivrai le guide, dans les pas des aventuriers... jusqu'au bout du bout du monde.
Blog et Etsy de piajanebijkerk
douglasspics's flickr
Un rêve chimérique de partir, de voyager à la manière des années 50, lorsque les pays à visiter étaient encore vierges de touristes, d'hôtels **** et où l'aventure se trouvait au détour d'une ruelle, d'une dune et la découverte au détour d'une rencontre...
Katwood's flickr
Besoin de m'éloigner, loin du bruit et de la fureur du monde, fuir vers une immensité de dunes de sable, dans ce désert tant désiré dans mes rêves d'adolescente qui cherchait un lieu de refuge, de retraite, hors d'atteinte de cette société qui ne me convenait pas du tout.
Vintage Suitcase
A Passing Storm - 1876 de James-Tissot
Bon périple et envoyez moi des cartes postales de vos émotions... lorsque vous serez arrivés à bon port.
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Texte, déjà publié, de caroline_8 , et comme une invitation au voyage... revoir les bagages enregistrés du Divan, ouvrir ceux bien particulers de Frida et deux étiquettes, ici et là, sur le Flickr de JJj.
11 septembre 2009
Zelm à Caddo Lake
J'ai découvert et aimé les portraits de Zelma sur le flickr de photographies de Texas Fight! le sourire de Zelma avait déjà illustré le billet de "L'été dans un grand éclat de rire". De 1930 à 1949, elle allait en vacances à Caddo Lake.
Summer 1947
Les alentours de Caddo Lake
sont verdoyants avec des forêts, des lacs et des cascades. La cité vit
au rythme des échanges avec Jefferson, à une quarantaine de kilomètres
de là. Seul port au nord du Texas, Jefferson est une escale pour les bateaux
à aubes, dont les pales giflent l'eau boueuse, défilant le long des
berges sur lesquelles s'épanouissent des sassafras, des micocouliers,
des pacaniers, des prairies où paissent des angus, ces bovins à robe
noire. Les lourds vaisseaux qui glissent sur le Mississippi, ce
boulevard liquide des États-Unis, empruntent ensuite la Red River en
traversant le Caddo Lake
(Ext du livre Texas)
Caddo Lake 1940
C'est un beau jardin d'eau de bayous, de cyprès, de barbe espagnole, de lotus et de lys d'eau. Beaucoup de belles maisons et de restaurants se situent sur le lac Caddo et le Grand Cyprès Bayou.(Ext du site Jefferson-Texas)
Summer 1949
Ce furent de belles années et Zelma respirait la joie de vivre!
16 janvier 2009
Du bagage et du voyage
Voyager c’est oser l’autre, oser l’ailleurs, oser rompre avec ses habitudes et ses certitudes. Bien sûr, on aura lu Robert Louis Stevenson…, mais les livres ne sont rien si l’on se contente de les aligner sur les rayonnages de sa bibliothèque. Les livres refermés, c’est la valise qu’il faut boucler.
Le voyageur de notre époque se déplace léger, c’est à l’évidence un voyageur sans bagage mais avec un carnet; il acquière le nécessaire sur place, il croque la vie de l’autre. Mais pendant des siècles, le voyage fut la mise à l’épreuve de soi-même face aux hasards de l’horizon et aux incertitudes des rencontres. Il était réconfortant d’emmener avec soi ce qui caractérisait son appartenance.
derrick cruz -at work- Selby
Plus que des moyens, voyager requiert des qualités ; cela suppose de savoir prendre le temps d’être à l’écoute de la diversité du monde. Il faut abandonner ce que l’on est, notre désarroi, la peur de se perdre, la solitude. Qui voudrait que les plus beaux voyages soient toujours intérieurs...
Flickr de bubbo-tubbo
The Gallery of HMS Calcutta (Portsmouth) de James Tissot - 1876
Certes le voyage imaginaire n’est pas à sous estimer, mais nous sommes des êtres en partance, à la recherche de lieux qui guérissent, à la quête d’un autre soi. Laissons donc nos valises à la maison.
autres bagages là, ici, encore là, encore ici, toujours ici et puis là...
05 septembre 2008
A la fenêtre de Tanger
Le 27 janvier 1912, Henri Matisse s'embarque à Marseille en direction de Tanger. A cette époque, il ne cesse de douter de lui-même et a besoin de se mettre à l'écart, loin de Paris ; il attend de la civilisation arabe une leçon de vie, une sérénité, l'art de dire beaucoup en peu de mots. Le voyage que Matisse effectue au Maroc est, avant tout, un voyage intérieur. Dès son arrivée à Tanger en janvier 1912, la pluie incessante le contraint à se cloîtrer dans sa chambre durant un mois. Il regarde alors par la fenêtre… "comme c'est neuf aussi et comme c'est difficile à faire avec du bleu, du rouge, du jaune et du vert... "
Paysage vu de la fenêtre 1912-1913 La porte de la Casbah 1912-1913
Vue de la fenêtre et Porte de la Casbah: couleurs posées sur la toile sans la recouvrir entièrement, refus du modelé, coups de brosse laissés visibles, utilisation de couleurs crues. Vue sur la baie : de grands plans géométriques, peinture rugueuse, représentation simplifiée.
Vue sur la baie de Tanger 1912 - Henri Matisse (1869-1954)
"Le beau temps est venu, quelle lumière fondue... " Matisse peint un ensemble de paysages dans le jardin luxuriant de la Villa Brook. "Une création spontanée comme une flamme dans un élan. Mon esprit était exalté par les arbres très haut dans le ciel, la masse verte et somptueuse des acanthes et par l'espace lumineux qui réunissait ces deux forces" Le peintre dit le luxe du calme, le plaisir des choses simples, la philosophie de l’immédiat, l’émotion ressentie de l’atmosphère. Matisse se sent en harmonie avec lui-même et le pays; il réalise de grandes toiles ambitieuses, notamment des portraits.
La palme Villa Brook Zorah sur la terrasse Le rifain assis
Matisse a la certitude que la peinture n'a pas pour but de copier la nature, mais qu'elle doit illuminer l'espace autour d'elle, comme le fait un tapis ou un mur de céramique. Entre 1920 et 1930, il revient à une forme de peinture plus traditionnelle.
Odalisque à la culotte rouge 1923 - Henri Matisse (1869-1954)
Les odalisques que Matisse brosse comme on tisse un tapis. Les jeunes femmes se fondent dans le décor qui possède la même valeur que le sujet. Un moucharabieh, un panneau de carrelage, une tenture ont la même présence que le vêtement, la chair du personnage.*
"Je veux un art équilibré et pur, qui n'inquiète ni ne trouble. Je veux que les hommes épuisés et fatigués jouissent du calme et du repos devant mes tableaux"
*Texte inspiré du document PDF -Matisse, Lignes et couleurs du Maroc- et CLIC sur les tableaux pour les agrandir.
14 mars 2008
Le carnet de Ladislau de Almasy dit le patient anglais
Pour Anne.
Elle [Hana] gratte une allumette dans le couloir sombre. Elle l’approche de la mèche de la chandelle. La lumière s’élève jusqu’à ses épaules. Elle est à genoux. Les mains sur les cuisses, elle inhale l’odeur du souffre. Elle s’imagine qu’elle inspire aussi la lumière.
(…) Elle prend le carnet posé sur la petite table à côté de son lit. Le livre avec lequel il a bravé les flammes. Un exemplaire des Histoires d’Hérodote dans lequel il a collé des pages provenant d’autres ouvrages, ou rédigé des observations personnelles, insérant le tout à l’intérieur du texte d’Hérodote.
Elle se met à lire sa petite écriture noueuse.
(…) Son journal, son exemplaire des Histoires d’Hérodote édité en 1927, renferme d’autres brides : cartes, notes personnelles, documents en diverses langues, passages découpés dans d’autres livres. (…) entrecoupées d’allusions à l’art rupestre, de notes intimes rédigées de sa petite écriture.
Elle se promet de ne pas tourner la page.
(…) Elle s’est plongée et noyée dans l’écriture en pattes de mouche de son carnet de bord aux pages épaisses, bourrées de cartes et de textes. Il y a même une petite fougère, collée à l’intérieur. Les Histoires. Elle ne referme pas le livre (…) Elle s’en éloigne.
On parlait de terres fertiles blotties à l’intérieur du désert.
A partir de 1925, de nombreuses équipes [notamment anglaises] vont ainsi cartographier et étudier ces vastes étendues [du désert Libyque] Dès 1929, le comte hongrois Laszlo de Almasy, un grand explorateur, se passionne pour cette partie du monde, avec quelques allemands. (…) avec souvent bien sûr, en arrière-pensée, pour tous, le désir d’être le premier à découvrir l’oasis mythique de Zerzura. (…) Au matin du 5 mai 1933, Almasy domine une vallée de un kilomètre et demi à deux kilomètres de large –soit beaucoup plus large que le wadi Abd el Melik- peuplée d’innombrables arbres très verts. Ces acacias tortilis s’étendent sur quatre kilomètres. Le wadi Talh était enfin découvert ! (Théodore Monod –Zerzura, l’oasis- Ed Vents de Sable)
Elle [Katharine] se mit à lire des passages des Histoires,[Livre 1, VIII à XII] l’histoire de Caudale et de sa reine. -Ce Caudale était éperdument épris de son épouse et…
(…) Il m’arrivait souvent d’ouvrir Hérodote pour m’y retrouver dans ma géographie. Mais Katharine, elle, avait fait cela pour ouvrir une fenêtre dans sa vie. Sa voix était lasse. Son regard ne quittait pas la page, comme si, en parlant, elle s’enlisait dans des sables mouvants.
(…) je suis tombé amoureux d’une fille (…) J’entendais les mots qu’elle prononçait, de l’autre côté du feu…
Elle s’arrêta de lire et leva la tête. Hors des sables mouvants.
(…) Elle avait toujours voulu des mots. Elle les aimait, ils l’aidaient à grandir. Les mots lui donnaient lucidité, raison et forme.
La troisième expédition de 1933, elle, commence en octobre (…) dans la partie ouest du Gilf Kebir. Almasy découvre alors, trois kilomètres et demi plus au nord, quatre nouvelles grottes avec de nombreuses peintures. C’est au cours de cette expédition qu’est découvert le troisième wadi, le wadi Hamra. (Théodore Monod –Zerzura, l’oasis- Ed Vents de Sable)
[Almasy] -A Wadi Sura, j’ai vu dans des grottes des fresques représentant des nageurs. Ici, il y avait eu un lac. (…) On retrouve encore des harpons dans le désert. Peuples de l’eau-
(…) Autour de lui, il reconnut les peintures qu’il avait découvertes des années plus tôt. Des girafes. Du bétail. L’homme aux bras levés, à la coiffure empanachée. Plusieurs silhouettes –des nageurs, de toute évidence… il y avait eu jadis un lac à cet endroit.
(…) puis il l’[Katharine]avait étalée sur le sol de la grotte des Nageurs.
(…) Il regarda la peinture murale et prit ses couleurs. L’ocre alla à son visage. Il barbouilla de bleu le tour de ses yeux. Il traversa la grotte, les mains imprégnées de rouge, et passa les doigts dans les cheveux de la femme (…) Ces traditions… chez Hérodote… les confinant dans un monde où ils demeuraient éternels : une fresque rupestre.
(…) Il tira son ouvrage d’Hérodote qu’il posa à côté d’elle. On était en septembre 1939.
Textes tirés du livre de Michael Ondaatje -Le patient anglais- et du livre de Théodore Monod -Zerzura, l'oasis légendaire du désert Libyque- et photos du film de Anthony Minghella.
14 septembre 2007
Mieux vaut marcher sans savoir où aller, que rester assis sans rien faire. (proverbe touareg)
Au cours du voyage... C'était un très vieux train. Du plafond bas pendait, dans le couloir de leur wagon, une rangée de lampes à pétrole qui se balançaient toutes ensembles plus ou moins violemment selon la marche.
Boussif... Boussif était une ville avec de gros patés de maisons et le marché dans le centre. Une terre d'un rouge vif couvrait les rues non pavées . (...) A l'extrémité des rues transversales, le désert désolé s'élevait lentement vers le pied des montagnes faites de rocs sauvages et nus, sans une ombre de végétation.
Aïn Krorfa... Le surlendemain soir, ils prenaient le car pour Aïn Krorfa, ayant choisi de voyager de nuit afin d'éviter la chaleur suffocante du jour. (...) De nuit, parce que les étoiles brillent dans le ciel clair, [le voyageur] a l'impression, s'il ne bouge pas, qu'il n'y a pas de poussière. Le bourdonnement régulier du moteur le berce et le met dans une espèce de transe (...) jusqu'au moment où il s'endort, pour être réveillé plus tard par l'arrêt du véhicule devant quelque bordj abandonné et sombre. Aïn Krorfa... hauts murs de boue... bâtiments blancs... les trottoirs bordés d'arcades... le Grand Hôtel... et une nuée de mouches collantes.
Bou Noura... El Ga'a... Départ dans le soir. Un peu plus tard, le car commença de grimper laborieusement une côte raide. Les vapeurs d'essence se firent lourdes et âcres (...) Le car tressautait et oscillait en poursuivant sa courbe ascendante sur le plateau. (...) La roche avait fait place au sable. El Ga'a, ses hauts murs et ses portes que l'on ferme au coucher du soleil, ses rues sombres et tranquilles, ses grands marchés où les hommes vendent ce qui vient du Soudan et de plus loin encore: barres de sel, plumes d'autruches, poussière d'or, peaux de léopard. Hotel du Ksar... fin du voyage.
Port meurt de la fièvre typhoïde à El Ga'a. Kit se sent responsable de cette mort. Elle fuit devant son passé. Une caravane l'emporte vers Dakar.
Elle demeura immobile, le regard fixé sur la sombre et calme surface de l’eau. (…) « Fais attention, disait une part d’elle-même, sois prudente. (…) Chaque fois que je pourrais être heureuse, je me retiens au lieu de me laisser aller » Elle envoya promener ses sandales et se trouva nue dans l’ombre. (…) La vie était là, soudain, elle y plongeait, elle ne se contentait plus de la regarder par la fenêtre.
Elle se baigna longuement : l’eau fraîche sur sa peau éveilla en elle l’envie de chanter. (…) Elle finit de se baigner en silence, son exaltation était retombée : mais la vie ne l’avait pas abandonnée. « Elle est là pour toujours » murmura –t-elle, tandis qu’elle regagnait la berge.
(…) Elle marchait d’un pas vif, l’esprit occupé de ce bonheur solide qu’elle venait de reconquérir. Elle n’avait jamais douté qu’il ne fut là, tout près, dissimulé par d’autres choses, mais elle avait renoncé depuis longtemps à le tenir pour une condition naturelle de l’existence. Puisqu’elle avait retrouvé cette joie de vivre, elle se promit de s’y accrocher, au prix de n’importe quel effort. (…) Sans hésiter, elle se dirigea vers l’arbuste le plus proche et posa la valise à terre. Les branches, tout autour du tronc, balayaient le sable, formant comme une tente. Elle mit son manteau, se glissa sous les feuilles, tira la valise auprès d’elle et s’endormit aussitôt.
La jeune femme, saisie d'une espèce de délire sensuel, découvre l'amour charnel avec un jeune caravanier qu'elle se met à aimer éperdument. Peu à peu, son esprit se détraque. Elle est fascinée par l'Afrique, sa prodigalité et son pourrissement, sa vitalité et sa décadence.
Texte tiré du livre de Paul Bowles -Un thé au Sahara- et photos du film de Bernardo Bertolucci.
08 juin 2007
On n'emporte pas sa case en voyage
Akwaba. Bienvenue. Sur le quai de l’ancienne gare coloniale, à Dakar même, les voyageurs s’entassent. Le train devrait bientôt partir et présentement le quai est comble. Une fois par semaine, le train bleu couvre les 1200 kilomètres qui séparent les capitales du Sénégal et du Mali.
Le train, alimenté au diesel, quitte péniblement. Dakar et sa banlieue s’éloignent pour peu à peu laisser s’installer la brousse, les champs de sorgho, d’arachide, les couleurs chatoyantes du Sahel et le charme du monde rural. Le train de métal bleuté, imposant, roule sur deux malheureux rails posés à même le sol, en friche. Vestiges de l’époque coloniale, c'est avant avant, les wagons affichent encore les lignes ferroviaires des banlieues françaises même.
A chaque arrêt dans une gare, le train est assailli par une nuée de vendeurs ambulants qui passent le long des wagons. Des enfants portent sur la tête des seaux remplis d'une eau parfois trouble qu'ils vendent pour un peu l'arzent. On peut ainsi faire son marché sans descendre du train ; tout est vendu par la fenêtre : des oeufs, des fruits, du poisson séché, du bissap (jus de feuilles d'ibiscus), du riz en sauce mais aussi des tabourets en plastique, des éventails, des briquets, etc... En route, la prodigieuse lenteur de ce train nommé -Express- est une aubaine pour les habitants qui se précipitent, depuis les villages alentours même, aux fenêtres du train pour même chose pareil, vendre le jus de bissap, des régimes de bananes, des épis de maïs grillés, des tomates, des oignons mais aussi des pagnes et, bien sûr, du bouffement tels que le tiebudien ou le mafé.
Des moussos, en boubous de toutes les couleurs, font salon, armées de théières et de bouteilles d'eau. Parmi elles, beaucoup de bana-banas qui font leur boucan, des commerçantes; ces femmes qui prennent régulièrement ce train, afin de vendre à Dakar les produits bon marché de Bamako, et inversement, ont de lourds bagages de produits cosmétiques, alimentaires ou textiles et plein de gnama gnamas. Le soir, certains battent le rythme et dansent dans le couloir. Puis c’est la contorsion générale et créative pour se positionner dans les fauteuils et dormir. Dans l’obscurité, le train traverse un feu de brousse et on perçoit la lueur des flammes qui lèchent les wagons.
Le train s’arrête souvent. En plus de faire une pause à Thiès, Djourbel, Tambacounda, Oualia, Kita, le chef du train siffle deux longues haltes obligatoires : les passagers descendent faire tamponner leur passeport dans les commissariats de Kidira, pour quitter le Sénégal, et de Kayes pour signaler leur entrée au Mali. Des voyageurs palabrent accoudés aux fenêtres et regardent le paysage qui défile : brousse, terre rouge jusqu'à... on dit pas, falaises et, de temps à autres, de petits villages de huttes au milieu de l’immensité du Sahel.
Et, toujours, dans les couloirs, des musulmans prient sur leur tapis. Ces fervents pratiquants s’adonnent ainsi aux cinq invocations quotidiennes. Manière de rappeler aux toubabs pressés qu’ils arriveront si Dieu le veut. Car Lui seul sait quand. Et surtout Dieu est grand.
Abana. C'est fini.
Texte tiré du récit de voyage de Nathalie Rohmer et les photos du site de Damien Mousseau et celui de la BBC News
Je me suis amusée à remplacer certains mots du texte par des expressions typiques et courantes du parlé africain.
06 avril 2007
Les grands voyages ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même...
On ouvre un atlas, on rêve sur les cartes. On répète les noms magnifiques des villes inconnues... (Joseph Kessel)
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L’avion se pose sur l’aérodrome d’Atar, ville mauritanienne typique de la région de l’Adrar. Celle-ci est située à l’est du Sahara, au commencement du désert. -Je me sens beaucoup trop à l'étroit, j'étouffe dans mes limites... Il me faut le vaste, l'infiniment vaste. Ah! voir au loin (...) Seul remède: le départ, le voyage, sortir de mes limites- (J.Masui -Cheminements-)
Départ pour une semaine de méharée, l’expédition comprenant un guide, un cuisinier, deux chameliers, trois dromadaires de selle et deux dromadaires de bât. Aucune caravane ne s’imagine sans dromadaire, moyen de transport, pourvoyeur de lait et de viande et fournisseur de laine. Toujours économes, ils ne font pas table rase de leur pâture comme de vulgaires moutons ou chèvres, ils se préservent pour les temps à venir. -Les vaisseaux prédestinés des espaces désertiques (P.Hubac)
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La caravane s’installe à Terjit, au sud-ouest d’Atar ; cette oasis, avec végétation et point d’eau, est encaissée entre deux hautes falaises, ce qui lui vaut d'être fraîche et accueillante, même au plus fort de l'été. Terjit possède la particularité de recueillir des sources d'eau tièdes qui proviennent directement du plateau rocheux qui la surplombe. Ainsi, le voyageur méritant peut-il se baigner dans une piscine naturelle et prendre, en plein désert, un bain tiède! A l’abri d’une tente de toile blanche, dîner d’un énorme couscous avant d'entreprendre la longue marche vers Chinguetti, vers l'est. -J'ai beaucoup rêvé d'arriver seul dans une ville étrangère, seul et dénué de tout- (J.Grenier -Les îles-)
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Très vite, nous foulons le reg, plateau rocailleux ou désert de pierres ; la marche y est en tout cas plus aisée que dans le sable, même si dans le sens Tergit - Chinguetti, le vent vient de face et souffle relativement fort(le chèche couvrant la bouche et le nez). Une originalité du Mont Zerga tient au mélange fréquent du sable doré ou ocre avec les blocs de rochers noirs ou bruns. Au fur et à mesure que l'on s'approche de Chinguetti, cependant, les rochers disparaissent et le sable se fait plus fin. La progression dans les dunes est alors assez fatigante.
L’arrivée sur Chinguetti est majestueuse. A la sortie de la piste, mélange de rocailles sèches et grises, nous débouchons sur l’erg Ouarâne, des dunes mordorées émaillées de rose, nées de la caresse du vent et plantées de palmiers. Chinguetti, la mystérieuse, berceau du savoir islamique, possède une mosquée du XIIIè siècle et est célèbre pour ses bibliothèques et ses manuscrits anciens datant des IXè et Xè siècles.
Poussons la porte et accédons à la salle des manuscrits et des trésors d’archives sur la religion, l’astrologie, l’astronomie, la médecine, les mathématiques ; plus de quarante milles ouvrages stockés, mangés par les termites, rongés par le sable et le vent. Aujourd’hui, Chinguetti menacée par l’avancée de l’erg Ouarâne, est classée au patrimoine mondial de l’Unesco.
Juste avant le coucher du soleil, nous nous rendons à la sortie du village, là où commence le désert. Les dunes sont plus hautes que celles d'Amatlich, cela s'étend à perte de vue, le paysage est à couper le souffle. J'ai envie de marcher, marcher, jusqu'à épuisement, juste pour voir derrière, plus loin... -Je marchais; je marchais jusqu'à me sentir immensément seul dans la plaine- (André Gide -Journal-)
La piste vers Ouadane, au nord-est d’Atar, fuit devant nous, droite et mince, à peine visible entre les redjems, ces bornes de pierres assemblées qu’élèvent les nomades pour reconnaître leur route. Le long de l’Ouarâne, des regs, des oasis, des ergs se succèdent à l’infini, rythmés par des campements de nomades, installés pour une nuit, parfois davantage, sachant qu’ils lèveront bientôt le camp. -Je ne suis qu'une originale, une rêveuse qui veut vivre loin du monde civilisé, de la vie libre et nomade pour essayer ensuite de dire ce qu'elle a vu- (Isabelle Eberhardt)
Ainsi nous traversons l’oued Touchatt et celui d’Aqwamaj ; ces cours d’eau, généralement à sec, mais qui lors de pluies abondantes, peuvent connaître des crues spectaculaires et meurtrières avec des torrents de boue. Au soir, nous atteignons les grandes dunes blanches de Mezrougat. La randonnée se poursuit et atteint successivement les oasis de Tanouchart, l’erg d’Eherour, les dunes de Rkewiya où nous établissons un bivouac. -Ma tente, l'espace, mon lit, la terre où mon coeur dénoué se délasse- (Toukarâram -Psaumes du pélerin-)
Une lumière dans la nuit étoilée, la chaleur du feu à l'abri de la dune pour se protéger du vent, le thé chaud qui brûle le palais, les récits sur les émotions de la journée... Sous la tente, dîner frugal de la bechna, mil écrasé entre deux pierres et cuit à l’eau avec peu de beurre et peu de sel accompagné d’une galette de blé cuite sous la cendre et dans le sable. L’eau est bue au goulot de la guerba, outre en peau de chèvre. -Ici, dans ce paysage entièrement minéral, éclairé par les étoiles comme par des feux, même la mémoire disparaît; il ne reste que votre respiration et les battements de votre coeur- (Paul Bowles -Leurs mains sont bleues-)
Nous reprenons notre marche, coupons l’oued de Enouj et atteignons l’oasis de Tanouchert. Arrivée au ksar Ouadane, village fortifié avec des greniers et des habitations sur des contreforts proches d’oasis. La palmeraie domine les oueds Slil et celui d’Afeizi par un amoncellement de ruines, vestiges d’une importante étape du commerce caravanier transsaharien et d’une intense activité culturelle ; le premier commentaire de l’Abrégé de Khalil Gibran a été rédigé dans ses murs.
Même lorsque la terre dort, nous voyageons. (Khalin Gibran -Le Prophète)
16 février 2007
Un safari au pays de Karen et Denys
Denys incarnait tout ce qu’elle recherchait chez un homme,(...) mais aussi un compagnon avec qui partager sa passion grandissante de l’Afrique. Comme elle, il fuyait l’ordinaire pour l’extraordinaire, avec un tel être, tout pouvait arriver à chaque instant.
Lorsque Denys lui proposa de l’accompagner en safari, elle n’hésita pas
un seul instant. Ils partirent du 5 au 19 mars 1919, autant pour chasser que pour se découvrir(...) Elle raffolait véritablement de ces excursions en pleine brousse(...) L’observation des animaux sauvages les passionnait autant l’un que l’autre et Finch Hatton, l’un des pionniers du safari-photo, prenait de nombreux clichés tandis que Karen engrangeait des impressions qui nourriraient plus tard son œuvre.
Enfin, le soir, ils dînaient au coin du feu et devisaient une partie de
la nuit. Denys avait une très haute idée de la manière dont devait se dérouler un safari, tout devait être absolument parfait,(...) Ses campements,(...) comprenaient même une tente dotée d’une baignoire afin de pouvoir prendre un bain avant de passer à table... (K.B. Une odyssée africaine de Jean-Noël Liaut)
-Je roulais avec Denys Finch Hatton et Kanuthya, son chauffeur kikuyu, le long d’une très mauvaise route, dans la réserve des Masaïs(...) Il se peut que la chasse soit toujours une histoire d’amour. Le chasseur est épris du gibier qu’il chasse(...) De nos jours bien des chasseurs chassent à l’aide de la caméra. Cet usage commença à se répandre quand j’étais encore en Afrique. Denys dirigea de grands safaris de millionnaires, venus de tous les pays, et qui rentrèrent chez eux avec des photos d’animaux(...) Cette manière d’entrer en contact avec les bêtes sauvages est plus raffinée que la chasse au fusil et exige plus d’intelligence(...) l’atmosphère de ces émouvantes rencontres. Je ne connais guère les procédés de cet art nouveau. J’ai été un assez bon fusil, mais je ne sais pas faire de photographies. Au début de mon séjour en Afrique, je n'avais ni cesse ni repos avant de posséder un beau spécimen de chaque espèce de gibier. Mais pendant les dix dernières années, je ne tirai pas un seul coup de fusil qui ne fût destiné à la nourriture de mes gens. la chasse dans le seul but de vivre quelques heures de fiévreuse excitation, me paraissait déraisonnable, voire laide et vulgaire. Mais je ne résistais pas à ma passion pour la chasse au lion et j’ai tué mon dernier lion très peu de temps avant de quitter l’Afrique- (Ombres sur la prairie de Karen Blixen)
Aujourd’hui, il est difficile de comprendre la cruelle innocence avec laquelle les classes supérieures partaient en safari et massacraient la faune sans le moindre remord. (K.B. Un conflit personnel irrésolu de Ole Wivel)
Les photographies de Karen Blixen et de Denys Finch Hatton sont tirées du livre -Karen Blixen, un conflit personnel irrésolu- de Ole Wivel au Edition Actes Sud. Et surtout, n'hésitez pas à cliquer dessus, elles témoignent bien de cette époque.
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Découvrez le safari nomade, un nouveau concept qui permet de suivre les animaux à la trace, tout en appréciant le confort des campements en pleine brousse… En piste, l’aventure est tout droit devant... et sur la carte.
Du 1er au 3ème jour, cap sur le nord du pays
Départ de la capitale Nairobi. Après des heures de piste, la végétation se fait plus dense ; le parc d’Aberdare n’est plus très loin. Nous scrutons l’horizon en quête de notre premier éléphant. Sur notre droite, s’élève le mont Kenya et installés sur une passerelle, au dessus d’un plan d’eau, nous observons dans la nuit, les animaux venir s’abreuver.
Au petit matin, départ pour Samburu. C’est l’un des plus beaux sanctuaires animaliers du pays. Nous y croisons des familles de babouins. Quelques heures plus tard, nous distinguons les falaises bleutées d’Isiolo. C’est la savane arbustive avec ses acacias parasols où l’on peut monter le campement rêvé pour une incursion dans le monde sauvage.
4ème jour, à la découverte du parc national de Nakuru.
Après la vallée du Rift et ses hauts plateaux, l’apparition du lac Nakuru est irréelle... des milliers de flamants roses posés sur l’eau... Sur la partie terrestre, les vertes prairies hébergent des hippopotames, des zèbres et mêmes des rhinocéros blancs.
5ème jour, arrivée à la réserve de Masai Mara, au sud de Nakuru et du Kenya
Une visite de courtoisie s’impose au chef masaï du village de Kimelok. Un couple de girafes nous barre la route et nous installons les tentes d’explorateurs, au dessus d’une mare aux hippopotames, pour mieux les observer.
Au 6ème jour, direction Oloololo
Au nord-ouest de la réserve Masai Mara, des éléphants errent près de la rivière Mara. Non loin, des cornes de buffles dépassent à peine des herbes folles. Nous assistons même à la sieste d’un lion et de sa lionne. Mais ne traînons pas, on nous signale un guépard.
Les photographies des animaux des réserves du Kenya ont été prises sur le site The World of Khanjan Mehta et surtout, n'hésitez pas à cliquer dessus, elles sont superbes.
05 janvier 2007
Du journal intime à l'aventure africaine
Peter Beard, né en 1938 à New-York, commence à écrire son journal, dès 1950, comme un besoin d'imprimer l'instant présent dans toute sa vérité. Après un séjour en Afrique en 1955, il s'installe définivement au Kenya, en 1960, à Hog Ranch, dans la région des Ngong Hills, près de Nairobie. C'est là, que se trouve la maison que Karen Blixen habitait jusqu'en 1932; et... c'est la rencontre avec Karen Blixen en 1961, au Danemark, dont la lecture de -La ferme africaine- a déclenché chez lui une passion pour l'Afrique.
Peter Beard et Karen Blixen travaillent ensembles, jusqu'à la mort de celle-ci en 1962; ce qui confirme chez lui, son envie de se consacrer à ce continent et à ses animaux, vaste espace à la mesure de son ambition.
Portrait: le baroudeur amoureux de l'Afrique, le défenseur visionnaire des éléphants et de la faune africaine en danger, le regardeur attentif et passionné des objets Dogons, le photographe de Truman Capote, l'ami et le modèle de Francis Bacon. L'essentiel de l'oeuvre de Peter Beard reste cet objet unique qu'est l'énorme journal qu'il a composé, guidé par une obsession de figer le temps, nécessité d'inscrire qui rappelle l'ambition de la photographie de piéger le temps, d'en inscrire l'empreinte dans l'urgence.
Ce journal: Peter beard incorpore, à ses tirages, du sang, de la terre d'Afrique, des végétaux apportés par le vent sur les épreuves séchant en plein air. -Coupures de presse, photographies, dessins se confrontent à des textes manuscrits qui envahissent l'espace de la page, tracés à la plume, à l'encre de Chine, parfois noire, souvent brune, puis rouge, verte ou bleue, suivant l'humeur ou la disponibilité du matériel... propos, toujours tenu, de ville en ville, d'hotel en savane, de voyages en moments de détente- (note de Christian Caujolle-Peter Beard-Ed.Nathan Photo poche)
Des milliers de pages qui relatent une vie -vie et oeuvre mêlées- qui refuse de se mentir à elle-même et l'auteur humain, tellement humain, tellement sans mensonge. Une nostalgie de l'Afrique sauvage au moment où elle disparait irrémédiablement, un témoignage qui dénonce la folie des hommes.







































































































