08 février 2008
D'une âme voyageuse et sans masque dans Venise
Le Simplon Express roule de nuit et au matin, il traverse la lagune, s'arrête en gare de Santa Lucia et au bas des longues marches, Venise se réveille... Nous sommes le 8 mai 1983.
Venise, le 11 mai 1983 - 12 heures trente
San Maria della Salute, au bord du Grand Canal, n’ouvre qu’à 15h… Venise est devant moi, le vent est doux, le soleil rassurant.
Ce voyage-ci, le besoin d’écrire se fait moins tenace ; j’ai envie par petites touches d’eau colorée, de mettre sur du papier blanc, ce que je vois, sens, entends, ce que je vis avec beaucoup de plaisir. Ce plaisir que je m’offre, seule. Sereine depuis que je vis seule, sans un homme gardien qui, s’en le vouloir sans doute, m’empêcherait d’aller au-delà de moi, de nous. Depuis, je ne cesse de découvrir, de mieux comprendre les autres et l’ailleurs ; ce qui me fait naître, construire ma vie avec l’espoir qu’un jour, elle croise celle d’un homme, mon égal avec lequel je ferai un bout de chemin… il ne sera peut être qu’une étape du voyage ! Pourquoi, assise sur les marches della Salute, le regard tourné vers le Palazzo Ducale et son pont des Soupirs, pourquoi mon esprit est occupé par ceux qui ont bien ou mal partagé mon existence ? C’est que Venise est pleine de ces couples qui misent toute leur destinée sur cette entente, si douce mais si fragile, acquise ici. Or Venise n’est pas qu’une ville d’amour, c’est une voix tonitruante au teatro La Fenice, c’est l’ocre rouge passion des murs, c’est le vert croupi et ennuyeux des canaux, c’est le vent séduisant du large, c’est un tableau de la vie à feu et à sang, rien à voir avec le quotidien appelé à vivre, après la lune de miel.
Isola di San Michele, le 13 mai 1983 -13 heures trente
Le vaporetto n°5 me dépose, pour ainsi dire, seule sur l’île ; à cette heure, ils sont occupés à repérer une terrasse au soleil printanier pour siroter un san pelligrino ou déguster des pâtes.
Je traverse le cimetière muré de briques roses et couvert de cyprès vert; la promenade parmi les tombes vénitiennes, fleuries et très m'as-tu vues, m'est indifférente mais je suis séduite par le cimetière évangéliste où sont enterrés des anglais et des allemands, où plus jamais personne ne vient leur rendre visite. Des arbres du voyageur poussent depuis leurs sépultures ; ce sont leurs âmes voyageuses qui ne veulent pas reposer ici, à Venise et qui s’élancent vers l’ailleurs. Dans le cimetière orthodoxe, c’est pareil ; seule la tombe de Diaghilev, petit monument gris et celle de Stravinsky, marbre fleuri ont leurs visiteurs attitrés.
Si j'étais riche ou si le hasard voulait que ma vie s’arrête là, à Venise… j’aimerais être enterrée sur l’île de San Michele, du côté des étrangers.
Tout au bout de la grande allée, les murs roses sont percés de trois larges grilles noires qui laissent apparaître la lagune et au loin dans la brume, Venise la bruyante, Venise la vivante me rappelle que je n’ai encore que 32 ans.
Clic sur la composition faite des billets, tickets et traces de cette escapade en solitaire. Barbouille est, elle aussi, allée récemment à Venise et nous livre ses impresssions et de superbes photos. Quand à Delphine, c'est avec son billet printanier -sentant bon la lessive- qu'elle m'a incitée à vous dévoiler ces notes, un peu intimistes. Et Lorenzo, fou de Venise, atteste du bien fondé de la solitude dans Venise.
Vaporetto 1 1000 lires
Teatro de la Fenice 9000 lires
Hôtel Ala pourboire 500 lires
Vaporetto 1 1000 lires
Dell’Accademia 2000 lires
Teatro pourboire 500 lires
Peggy Guggenheim 3000 lires
Timbres 3250 lires
Scuola Grande di Rocco 2000 lires
Eglise dei Frari 300 lires
Vaporetto 5 1200 lires
San Giorgio Maggiore 1000 lires
Vaporetto 5 1200 lires
Masque de Venise 20 000 lires
Vaporetto 6 2000 lires
Vaporetto 1 1250 lires
Un mois plus tard, le 11 juin 1983 dans Paris, je rencontrais le père de mes trois filles.
Texte de caroline_8 (journal de mai 1983) et peinture Maria della Salute -1913- John Singer Sargent
07 décembre 2007
De l'âme polie comme un galet
M’octroyer quelques soins et du plaisir, me nourrir de mets légers et sains, marcher dans la nature et au bord de l’eau, être amie avec moi-même, me respecter, tel est donc mon devoir premier. Mais la pratique de soi doit faire corps avec l’art même de vivre. A la violence et aux peurs souvent diffusées par les médias, opposez la connaissance, l’art, la beauté, la recherche du bien-être. La pauvreté ne se résume pas à un manque d’argent. Elle signifie aussi manquer de qualités humaines, spirituelles et intellectuelles.
Nos vies sont ce que nos pensées en font. Nous sommes responsable de notre existence et le monde qui nous entoure en est le reflet. Les raideurs du corps dérivent des raideurs de l’esprit. Mettez au panier ce qui vous empoisonne la vie comme les rancunes, les blessures non pardonnées, les détritus du passé. Simplifiez votre carnet d’adresses et rompez avec les relations stériles. En amour, ne soyez pas esclave de l’autre sexe. Fuyez les gens sans intelligence de coeur et fuyez les gens sans tolérance. Le cadeau idéal, en amitié, est d’offrir son calme, sa présence, son écoute et sa bienveillance. Aider les autres, c’est plutôt les amener à penser et faire en sorte qu’ils ne soient pas amers et envieux.
Cultivez l’art de vivre seul. Nous sommes tous, au plus profond de notre être, seuls. Ce n’est pas la solitude matérielle qui est à craindre, mais la solitude spirituelle. Vivre seul est un art qu’il faut apprendre et cultiver, pour ainsi pouvoir apprécier la présence des autres. Méditer, lire, rêver, imaginer, créer, apprendre à être heureux pour soi seul. Extrayez des livres ce qui vous touche personnellement en le recopiant. Phrases et images apportent du plaisir et donnent du courage, de la vitalité et de l’espoir. Alternez vos lectures avec l’écriture. Elle nous aide à interpréter ce que nous vivons. Vivez sous votre propre lumière. Lire, écrire, c’est donc prendre soin de soi. C’est constituer un moi plus solide et entier propre à soi et à soi seul.
Après avoir versé de l’encre et vidé mon cœur, je me sens sereine. Les images intérieures sont aussi importantes pour l’âme que celles de la nature pour les yeux. L'âme a la couleur du regard. L'âme bleue seule porte en elle du rêve, elle a pris son azur aux flots et à l'espace. (Guy de Maupassant)
Texte de -L'art de la simplicité- de Dominique Loreau et peinture de William Merritt Chase -Nu de dos- 1888
09 novembre 2007
Quand les larmes coulent, le coeur se met à la fenêtre.
Il y eut l’époque bohème des cartons à dessin et des jupes longues, celle de la jeune professeur que j’étais, pratiquant l’art avec des enfants et puis celle florissante des responsabilités dans une très belle boutique d’importation au cœur de Paris.
Un jour, la porte a claqué sur des amours compliqués, des amitiés très légères, un travail accaparant et peu reconnaissant. Ce fut la fin des petits cigarillos lors de repas chez "Julien" ou "Au Vaudeville", de la confortable chambre au 20ème étage du Hilton à Bruxelles, de l’ambiance bien particulière des salons de décoration et de celle des périodes de fêtes dans nos boutiques. J’ai rangé mes talons hauts et j’ai fait des bébés. J'ouvrais la troisième porte.
Sans regret, j’ai câliné, élevé et instruit pendant une dizaine d’années, sans faillir et avec beaucoup de bonheur. A quatre pattes, nous avons bâti des maisons en Lego, mis en scène des Barbie, modelé des hamburgers frites en pâte Play-Doh et surtout lu des histoires enfantines aux belles illustrations tous les soirs. Nous étions "les quatre filles de docteur March" ou la famille Ingalls… Le père des deux histoires était le héros absent, bien sûr, pour cause de guerre ou de chasse. La tempête ne nous atteignait pas, la maison était solide et blotties sous les plaids, toutes les quatre, nous vivions nos aventures.
Puis, j’ai été malade, bien malade et après rien n’allait plus. Je me suis posée des questions et j’ai cherché les réponses dans la lecture avec qui j’ai renoué. –Petite fille, je vivais dans la folle attente de la vie. Je croyais qu’un jour, brusquement la vie allait commencer, s’ouvrir devant moi. (…) Et pourtant, il y a longtemps que la vie a commencé et même, lorsque petite j’attendais, c’était déjà la vie. (Milena Jesenska –Vivre-)
Dans mes –Lettres du soir- je prenais note de ces mots qui résonnaient si bien en moi, de ces phrases que j’aurai pu dire et même écrire, de ces idées auxquelles j’adhérai soudainement. -Des fois, je ferme les portes, je coupe le téléphone, je coupe ma voix, je ne veux plus rien. (… ) Que seule l’écriture vous sauvera. Ecrire quand même malgré le désespoir. Non : avec le désespoir. (Marguerite Duras –Ecrire-)
Un été, j’écrasais des pastels à huile sur des feuilles de papier kraft. Un thème s’est imposé : des portes… ouvertes ou fermées, des entre deux portes, des couloirs, des escaliers, des seuils. -Je ne peins pas pour vendre, mais je peins parce que cela me fait du bien ! (Dora Carrington)
Tout se mettait en place, mais cela dura des années… Une phase nouvelle a bel et bien commencé ! (… ) Je me sens si bien, pleine d’harmonie intérieure et de santé… et je finirai peut être par me sentir enfin adulte. (… ) Je laisse à d’autres le soin de s’exprimer à ma place. Je cherche partout la confirmation de ce qui fermente et agit en moi, mais c’est avec mes mots à moi que je devrai essayer d’y voir clair… pour me rejoindre moi-même. (Etty Hillessum -Journal-)
Il y a peu de temps, je laissais cette quatrième porte entr’ouverte, les filles n’ayant pas fini de grandir et j'entrais dans une cabane bien à moi, une cabane avec des fenêtres ouvertes sur… vous, une cabane d’écriture.
Texte de caroline_8 et peinture de Gustav Klimt -L'espoir II- 1907/08 .
19 octobre 2007
A corps léger, vie légère...
S’aimer est la seule façon de maigrir… car grossir, c’est mourir un peu… donc il faut s’aimer, s’apprécier pour bien vivre, pour exister.
Mangez frugalement et mangez bon dans un bel environnement, en utilisant un bol en bois qui permet de doser le volume de nourriture. Le bol en bois est symbole de pauvreté, de frugalité chez les mystiques asiatiques qui vivent en accord avec leurs idéaux et leur éthique.
Visualisez votre poids idéal et travaillez vos affirmations :
-mangez de petites quantités et lentement
-boire à petites gorgées et surtout entre les repas
-mangez des aliments frais, de la qualité et non de la quantité
-évitez le sucre, le sel et l’alcool
-utilisez comme seule graisse, des huiles extraites à froid
-pas deux féculents et pas deux protéines par jour
Je ne suis pas dans la volonté, mais dans le désir d’être autre ; je ne fais pas de régime, je mange peu… c’est tout ! En quatre semaines, j’ai perdu cinq kilos… Pendant trois semaines, je me suis stabilisée; puis j'ai perdu de nouveau deux kilos... J'ai enfin atteint mon poids visualisé. Je conserve cette hygiène de vie et à chaque pesée (une fois par semaine) j’écris mon poids et améliore mon attitude en rectifiant mes erreurs de la semaine passée. Petits trucs qui ont leur importance: Boire au réveil, un mug d’eau chaude additionnée d’une cuillère à soupe de vinaigre de cidre… c’est devenu pour moi, un besoin et un réel plaisir. Puis, dans l’après-midi, faire une pause avec un grand mug de thé vert nature sans sucre. Parfois, si le dîner m’a semblé plus consistant, je rebois du thé vert.
Cette compréhension d’une vie meilleure passe pour beaucoup par l’esprit et l’écrit… Comprendre que l’on mange trop pour oublier les problèmes, l’ennui et son mal-être est plus important que la diététique et les crèmes. Se débarrasser de tout ce qui sape son énergie : nourriture malsaine, gens inintéressants, objets encombrants, médiocrité du quotidien… ce sera le sujet d'un prochain billet.
Votre vrai moi est celui qui est en vous, non cette image que vous offrez au monde à travers votre personnalité.
Papier découpé-gouaché-collé de Henri Matisse -La femme à l'amphore et grenades- 1953 et texte -L'art de la simplicité- de Dominique Loreau aux Ed. Marabout
07 septembre 2007
Face à mon miroir
Je dépense du temps, de l'énergie et de l'argent à embellir ma maison, à cuisiner pour ma famille, à m'occuper des autres alors que je me donne des excuses, à ignorer mon corps, en prétendant ne pas avoir le temps pour marcher, purifier ma peau ou planifier un régime... C'est tout moi!
La beauté physique repose beaucoup sur la santé et la confiance en soi. Y'en a, de la confiance et de la santé! Avoir de la présence produit une impression si vive, sur les autres, que l’on n’a pas besoin de posséder le physique le plus parfait, pour être beau. C'est rassurant! C’est la qualité de cette présence qui donne ce que l’on appelle l’allure. Alors là, il y a du travail... de l'allure, genre... Si vous vous efforcez de montrer un visage souriant au monde, vous deviendrez heureuse à votre tour et le monde lui-même vous sourira. C'est vrai, je le fais depuis quelque temps déjà et le sourire des autres me fait du bien et je me sens heureuse... ponctuellement.
Libérez votre corps par les soins et le sommeil. Si vous voulez être en bonne santé, mangez correctement, faites de l’exercice (de m'activer au travail, suffira bien et pour la marche, les courses sans stress à ED et Monoprix) et dormez suffisamment. Alors, fini le blog à des heures de nuit et du petit matin. Regardez vous souvent dans les miroirs et ne fuyez pas votre image. Cela va être très dur, ce n'est pas du tout dans mes gènes.
Reconnectez votre corps à votre esprit. Et nettoyez le en profondeur par le brossage journalier, revigorant et énergétique, avec une brosse japonaise en sisal, matière textile exfoliante. Se brosser le corps est un rituel, une façon de s’aimer. Séchez vous, tout en vous frictionnant avec une petite serviette rugueuse et exfoliante. Les Japonais et les Suédois aiment se faire mal, euh... du bien!
Pour nettoyer votre peau, utilisez un savon à base de glycérine végétale au parfum citron vert, mandarine ou avocat. Ensuite, nourrissez votre peau à l’aide d’une huile de massage au parfum menthe poivrée et eucalyptus, romarin et arbre à thé. Il va me falloir la matinée pour brosser et masser... ce corps.
C'est la phrase "Grossir, c'est mourir un peu" qui a déclenché ma nouvelle démarche... ce sera le sujet d'un prochain billet.**
Texte de -L'art de la simplicité- de Dominique Loreau et peinture de René Magritte, Liaisons dangereuses, 1936.
25 mai 2007
D'une certaine chambre à soi
Il fut un temps où je possédais dans une pièce dite chambre, un bureau… un espace propre à l’écriture.
Après la chambre de bonne dans le IIème arr. lors de mes études d’Art, après le studio dans le XIVème arr. lorsque j’exerçais l’enseignement du dessin et de la vannerie dans des établissements parisiens, je dus vivre un grand bouleversement dans ma vie. C’était dans les années 80, je dus travailler alors dans une très grande et belle boutique du Forum des Halles-Paris Ier et habitais un deux-pièces dans le XVIIIème arr.
J’avais bien sûr lu, dans les années féministes et lorsque je côtoyais mes amies enseignantes, le fameux livre –Une chambre à soi- de Virginia Woolf. Et je l’avais cette pièce dans laquelle, en plus d’un lit et d’une armoire, j’y avais installé un coin atelier avec chevalet et matériel de peinture et à l’opposé, près de la fenêtre sur cour, le bureau avec sa lampe d’architecte rouge, sa chaise grillagée rouge de chez Habitat (fashion-déco-addict, j’étais… je travaillais dans la décoration)
J’aurais pu m’y mettre… à cette création tant souhaitée et attendue. J'écrivais bien en 1977:
-De nouveau, se pose le problème de la créativité. Je vis, mais je ne crée pas. Les jours s'écoulent mais il n'en reste rien. J'ai une maison agréable, un travail qui me plait. Deux éléments qui me paraissaient importants, il y a deux ans. J'ai créé mon intérieur, les cours de dessin me permettent de survivre, mais j'ai besoin de produire autrement. Je n'arrive pas à localiser cet autrement: est-ce la peinture ou l'écriture. Les deux à la fois peut-être. Trouver le lien. Que la peinture et l'écriture se mêlent indistinctement sur la surface blanche. Et la grande question: suis-je capable de cette création?- (jounal d'avril 1977)
Et bien non, seule à écouter du Barbra Streisand et du Lavilliers, je rêvais ma vie d’artiste… J'étais dans l'attente. C’était pourtant le moment pour moi, c’étaient de bons moment avec moi, seule dans ma chambre… Sans m’en rendre compte, j’ai mis de côté l’écrit et le papier, le pinceau et les couleurs. Ce sont écoulées quatre années consacrées à mon travail assez prenant, aux sorties dites parisiennes, aux nouveaux amis et à de petits voyages aux Baléares et à Venise, que mon salaire me permettait de faire. Je ne réflèchissais plus, je ne m'analysais plus. Je n'étais plus devant une porte fermée, je suis entrée dans la vie, dans ma vie. Je l'ai prise dans mes bras pour ne plus la lâcher.
J’allais bientôt pousser une autre porte, la troisième… j’étais encore loin de la cabane de l’écriture.
Texte de caroline_8 Un petit lien à lire, Béatrix nous a, elle aussi, parlé de cette liberté à être soi, dans un lieu rien que pour soi: Libre chez soi. Et puis ceci, un blog qui demande à être découvert plus en profondeur, l'auteure réflêchit beaucoup à son devenir... et à une chambre à soi.
20 avril 2007
Dans un voyage, le plus long est d'arriver à la porte
Arrivée d’Afrique, à l’âge où les rêves se confondent avec la vie, je m'étais dépêchée d'oublier le monde dans lequel j’avais été élevée, c'est-à-dire le lieu d’enfance, le soleil moite, la mer d’écume grondante, les odeurs fortes, les plantes luxuriantes des jardins, les mots des palabres… presque tout ; je n’avais gardé contact avec le passé que par les lettres que nous échangions mes parents et moi.
Je n’avais de désirs que pour des rues grises et serrées, des chambres minuscules et près du ciel, de la neige urbaine et éphémère, des petits cafés parisiens et d’un autre monde qui viendrait à moi puisqu’il me reconnaîtrait comme l’une des siennes. (…) mon arrivée en France m’est apparue comme le commencement d’une vie nouvelle. Mais les débuts furent bien amers. Il me semblait que la vie, telle que je l’envisageais, viendrait à moi, tout naturellement parée de ses habits de fête. (Lettres du soir du 29/01/93)
Le décor dans lequel je vivais, était à la hauteur : une chambre de bonne au 6ème étage, rue du Sentier dans le IIème arrondissement, sans salle de bain, un petit chauffage, avec un hamster Dali et un lapin nain Baudelaire pour seuls compagnons; me nourrissant de lait concentré sucré, le soir et d’une tablette de chocolat noir, le jour où j’allais retirer les 10 francs de la semaine ; le chocolat était agrémenté par la lecture de Charlie Hebdo… seul extra, car il me fallait garder le reste pour le jambon-beurre-sans-cornichon-café que je prenais, tous les midis face à l’atelier de dessin, rue de Seine dans le VIème arrondissement, tenu par deux vieilles filles qui m’apprenaient le dessin, la peinture à l’huile, la vannerie, le nu, l’histoire de l’art. Je portais des chemises indiennes, un jean , des colliers artisanaux, un burnous noir marocain et des sabots suédois et sous le bras, un carton à dessin, à la main, un panier tressé à la Jane Birkin… style baba cool et j’allais, me semblait-il, au devant de belles rencontres où l’art, l’intellect et le mépris pour –Les choses- de Georges Perec feraient mon quotidien.
La déception fut que je me suis retrouvée très souvent seule à avoir ce désir-là, et j’enviais Anaïs Nin, -ses amis, ses relations : écrivains, peintres, psychanalystes qui lui apportent beaucoup et l’aident à se trouver. Je regarde autour de moi… personne… J’ai besoin de ces relations enrichissantes, de rapports profonds, de l’admiration des autres que moi-même j’admire jusqu’à l’idéalisation. Pourquoi faut-il que j’amplifie tout sentiment (…) qui me mène directement à la déception, dès que je suis lucide (journal de février 76) Je ne fis aucune de ces rencontres, mes camarades d'atelier étaient gentils, mais sans culture et sans souci matériel; j'ai écourté mes études, en passant le Diplome d'Aptitude à l'Enseignement du dessin et de la peinture, avant les autres, ayant quelques années de plus et le BAC en poche. J'entrais aux Beaux-Arts, rue Bonaparte dans le VIème arrondissement, mais là encore, la porte resta désespérement close.
Dans le monde où j’évoluais, il n’y avait ni partage, ni découverte, ni originalité, tout dans l’apparence et la superficialité; nous étions jeunes, sans doute. Alors, l'argent venant à manquer, je poussais la porte du travail, celle du monde des adultes. Et la porte se referma derrière moi...
Texte de caroline_8
26 mars 2007
D'une soeur à l'autre
A la suite d'un week-end en province, chez ma soeur et à la lecture d'un article dans un magazine féminin, nous avons considéré ensembles la situation de soeurs.
Le lien entre deux soeurs ne résulte d'aucune volonté, même inconsciente, il est imposé; on ne choisit pas sa soeur. Et alors s'il s'agit de la relation la plus gratuite qui soit, elle est en même temps totalement indestructible. On peut se fâcher avec sa soeur, on n'en reste pas moins soeurs. C'est le lien symbolique par excellence. Très différentes, si elles n'étaient pas liées par le sang, deux soeurs ne seraient pas amenées à se cotoyer.
La fraternité est certes entraide et altruisme; difficile alors d'assumer le côté obscur de la relation entre soeurs: on préfère nier la rivalité et idéaliser sa rivale. Leurs places dans la fratrie ont à voir directement avec cette rivalité. La seule femme que les filles haissent plus que leur mère, c'est leur soeur aînée. (Freud) De même, il est fréquent qu'une aînée ait un ressentiment contre sa cadette, estimant que celle-ci lui a pris l'affection de ses parents. Adultes, elles continuent à se disputer cet amour.
Les soeurs se définissent en fonction des rôles que leur a conférés la mythologie familiale, qui les oblige à trouver par elles-mêmes les moyens de se différencier l'une de l'autre et elles se cherchent longtemps encore. Comment me séparer d'elle sans la rejeter? Peur de dépasser l'autre et rongée par la culpabilité de mieux réussir sa vie qu'elle.
Une façon de se différencier entre soeurs est d'accepter que leurs parents ont fait, de leur part, un objet de désir différent. Les parents les ont investies de façon différente, à des moments différents de leur vie de couple. Au sujet de cette vie-là, deux soeurs peuvent ne pas parler de la même vie. Leur dialogue s'apparente à deux monologues. Ce vécu a déterminé leur vie différemment. Par delà une histoire commune, les soeurs deviennent des individus totalement différents. Devenues adultes, elles ne réussissent pas toujours à se débarrasser des fantômes de l'enfance.
La mère joue un grand rôle dans leur relation; elle peut être trop présente, entretenir les différences et ranimer, inconsciemment ou non, la rivalité. Une seule solution, couper le cordon avec la mère; c'est renoncer à lui donner ce dont elle manque dans sa vie de femme, à réparer ses blessures infligées par la vie, le père. Accepter que cette mère ne soit pas parfaite, qu'elle a fait ce qu'elle a pu et ainsi s'accepter soi comme une autre femme avec sa propre vie, différente de celle de sa mère et de celle de sa soeur.
Ma soeur et moi, nous nous entendons plutôt bien; différentes mais soeurs avant tout, elle est mère de trois garçons, moi de trois filles...
19 janvier 2007
Dans les allées, nos pas...
C'est grande tempête sur la ville, ce matin-là; les deux soeurs ont pourtant rendez-vous... l'une a pris le train pour quitter sa province, l'autre simplement le métro et toutes deux, de connivence, se retrouvent là, au bout de cette belle voie plantée d'arbres et ornée de deux bassins, que l'on appelle l'avenue de Breteuil, dans le VIIème arrondissement de Paris.
...en hiver, les pelouses étaient recouvertes de neige, un bonhomme de neige, plus grand que moi, s'élevait au bord de l'allée de terre et je me rappelle avoir fait des boules, maladroitement, avec mes petites mains gantées de laine. Au printemps, je faisais de la trottinette... rouge, elle était rouge... La grande raconte à la petite qui, à cette époque, marchait à peine .
Au pied de la guérite, les deux soeurs font face à la petite librairie, au 57, de cette avenue; la librairie de la grand-mère et du grand-père, l'immeuble de quatre étages au dessus, les deux fenêtres du petit appartement où la petite a fait ses premiers pas, où le grand frère les a initié au jeu des cow-boys et des indiens, où ils découvraient les coloriages de pages blanches qui laissent apparaitre leur mystérieux dessin lorsqu'un crayon les gribouille...
Cela fait trente quatre ans, revenues d'Afrique, qu'elles n'osaient pas... et c'est d'un pas ferme et décidé, qu'elles franchissent la porte vitrée de la librairie. Les pas du présent dans ceux de l'enfance.
Texte et photo de caroline_8
22 décembre 2006
Noël de ... quand elles étaient petites
Mes trois filles ont bien grandi; parfois un peu trop, bien souvent juste comme il se doit et c'est tant mieux... Tout ce que je leur ai transmis, leur profitera plus tard... un peu de patience. Par contre, elles découvrent chaque jour ... ailleurs et ramènent à la maison leurs nouveaux savoirs, leurs musiques, leurs films, leurs amis et nous, parents, nous enrichissons de leurs fraiches expériences.
A cette époque, du temps où... chaque recoin respirait Noël. Nous fabriquions toutes les décorations que proposaient les magazines de l'enfance; maison du Père Noël, crêche de tous les pays, les photophores, les bougies faites maison, les cartes-poèmes à envoyer...
Le soir dit, les trois filles et moi allions à la messe de 18h, avec les amies-voisines et leurs enfants: une belle et joyeuse ribambelle attendait dans la cour pendant que je jouais... au Père Noël. Au retour, la troupe d'enfants s'excitait, chantait, courait et n'avait jamais eu autant envie de rentrer à la maison. Une fois dans la cour, nous savions toutes que Noël était là... aux fenêtres, brillaient les flammes des bougies allumées par le Papa, resté pour la bonne cause, en cuisine. L'escalier à toute vitesse, la porte ouverte... une bonne odeur de canette aux marrons, le feu dans la cheminée, juste ce qu'il fallait de lumière et la soirée pouvait commencer.
Papa et Maman, une flûte de champagne à la main, regardent leurs trois filles encore, encore et toujours; ils s'émerveillent du bonheur que Noël apporte ce soir-là.








