fenêtres sur la cour

ce sont des mots poétiques et de belles images, des traits noirs et de la couleur, des sentiments au goût épicé, des brins d’herbe sur une page blanche, de l’écrit intimiste et des paroles voyageuses dans un tableau de la vie.

07 mars 2008

C'est pour t'avoir vue

Giuseppe_Abbati_The_WindowC'est pour t'avoir vue
Penchée à la fenêtre ultime,
Que j'ai compris, que j'ai bu
Tout mon abîme.

En me montrant tes bras
Tendus vers la nuit,
Tu as fait que, depuis,
Ce qui en moi te quitta,
Me quitte, me fuit...

Ton geste, fut-il la preuve
D’un adieu si grand,
Qu’il me changea en vent,
Qu’il me versa dans le fleuve ?
                    à Ingrid.

Recueil de poèmes: Les fenêtres 1924-1925 de Rainer Maria Rilke et peinture de Guiseppe Abbati -La fenêtre- En participation avec les Passeurs de poèmes, de l'éloge de l'autre, proposés par Adliterram.

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04 janvier 2008

La lampe dans la chambre

La lampe dans la chambre est une rose blanchepeter_vilhem_ilsted_2
Qui s'ouvre tout à coup au jardin gris du soir ;
Son reflet au plafond dilate un halo noir
Et c'est assez pour croire un peu que c'est dimanche.

La lampe dans la chambre est une lune blanche
Qui fait fleurir dans les miroirs des nénuphars ;
On ne sait plus quel jour il est, ni s'il est tard,
Sauf qu'on est doux comme à la fin d'un beau dimanche.

Sourire de la lampe en sa dentelle blanche
Qu'on dirait une coiffe où dorment des cheveux ;
Lampe amicale aux lents regards d'un calme feu
Qui donne à l'air de chaque soir l'air du dimanche.

Georges Rodenbach -Le miroir du ciel natal- 1898 et Peinture de Peter Vilhelm Ilsted -In the bedroom- 1901

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10 décembre 2007

D'une robe bleue

Emma aimait le bleu.

Celui des robes et des rubans que vendent les camelots de passage, ou des stores de soie que l’on tire aux fenêtres des calèches. Celui qui recouvre les livres où l’on parle d’amour. Celui que laisse dans la tête la musique après que l’on y a dansé.

Elle n’avait pourtant jamais vu la mer. -Une histoire de bleu- de Jean-Michel Maulpoix Ed. nrf Poésie/Gallimard

                                   augustus_john_nirvana_1908

                                                    Nirvana de Augustus Edwin John - 1908

(…) ce serait une autre [robe] et qu’il ne lui aurait jamais vu, bleue comme ses yeux, bleue comme la mer où ils sont ce jour-là, une robe longue et bleue, et si longue si bleue, si légère dans le vent, qu’elle lui parait d’un autre temps, une robe comme autrefois lui semble-t-il, et d’un coton, d’une toile qui dit le radieux du jour d’été, le bonheur, la joie qui l’accompagnent, une étoffe qui se lève dans le vent, légère bat les chevilles, et parfois d’un grand mouvement vole autour d’elle. Un calicot, une étamine bleue. Une toile douce où passe l’air, la brise du bord de l’eau. -La robe bleue- de Michèle Desbordes Ed. Verdier

              augustus_john_the_blue_pool_1911

                           The blue pool de Augustus Edwin John - 1911

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15 octobre 2007

Doris Lessing, l'Afrique et une vie libre

dorislessingLe prix Nobel de littérature a été attribué jeudi 11/10/07 à la romancière britannique Doris Lessing, conteuse épique de l'expérience féminine. Doris Lessing -88 ans- dont l'oeuvre est marquée par son expérience de l'Afrique, est notamment célèbre pour son livre The Golden Notebook -1962- publié en France sous le titre Le Carnet d'or en 1976. Après la publication du Carnet d'or, Doris Lessing était devenue, "mais sans l'avoir jamais voulu", une icône du féminisme mondial. Ses critiques contre le régime sud-africain et sa politique d'apartheid lui voudra d'être interdite de séjour en Afrique du Sud de 1956 à 1995. Membre du Parti communiste anglais dans les années 50, elle milita également contre les armes nucléaires.

03 Doris_Lessing__by_Mark_Gerson__1956

Photo en Rhodésie du sud en 1932                 Photo de Mark Gerson en 1956                                                                              

Dans ma bibliothèque, il s'y trouve:

01Nouvelles africaines: Toutes ces nouvelles évoquent l'incommunicabilité; à l'intérieur du couple et de la famille, avec les voisins, avec les Afrikaners détestés et aussi bien sûr avec les Noirs.

-(...) je vis une clairière où, sous un gros arbre à l'ombre vaste, une douzaine d'hommes étaient assis en tailleur et conversaient. (...) Qu'avais-je donc espéré? Je ne pouvais pas me mêler à eux: c'était impensable. Il était déjà assez déplorable que moi, une jeune fille blanche, je puisse circuler seule dans le veld comme un homme blanc. (extrait Le vieux chef Mshlanga)

                       02  Dans ma peau: Ce livre aborde les trentes premières années de sa vie, de sa naissance en Perse en 1919, de sa vie en Rhodésie du sud et à son départ pour Londres en 1949. C'est le récit d'une jeune femme engagée, lucide et combative. Toute sa vie sera gouvernée par le refus -refus du compromis, refus de toute autorité, refus d'être prise au piège- et placée sous le signe de l'indépendance et de l'engagement passionné.

-Je regardais devant moi, sans un coup d'oeil en arrière. J'attendais que commence mon avenir, ma vraie vie. Derrière moi, une porte venait de claquer. Toujours des portes se sont refermées derrière moi. (...)  J'étais née de mon propre être. Du moins je le croyais. Je ne voulais pas savoir. Je ne rentrais pas dans ma famille. Je la fuyais. La porte  s'était refermée et voilà tout- (extrait et fin de Dans ma peau)

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13 octobre 2007

Je scrute l'horizon et je ne vois rien. Lao Tseu

rien

Tu m’as quitté par toutes les portes
Tu m’as laissé dans tous les déserts

Je t’ai cherchée à l’aube et je t’ai perdue à midi
Tu n’étais nulle part où j’arrive
Qui saurait dire le Sahara d’une chambre sans toi
La foule d’un dimanche où rien ne te ressemble
Un jour plus vide que vers la mer la jetée
Le silence où j’appelle et tu ne réponds pas.

Extrait du poème "Les rendez-vous" tiré du recueil -Les adieux- de Louis Aragon et Calligraphie du Désert d'Isabelle et Hassan Massoudy.

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20 septembre 2007

La lampe

lampeLa lampe est une calme amie
Qui nous console et nous conseille
Chaque soir de la vie;
La lampe est une sœur
Qui nous montre son cœur
Comme un soleil.

La lampe est confidentielle;
Sa clarté tremble comme des lèvres
Qui parlent en rêve;
On se croit déjà comme au ciel...
La flamme balbutie et bouge;
Vraiment la lampe est une sœur
Qui nous met sur le cœur
Sa chaude bouche.

Ah ! l'homme amer qu'on a été
Et que la lampe va guérir !
Elle est toute douceur;
Oui ! elle est une sœur,
Même une sœur infirmière
Qui met dans nos yeux sa lumière
Comme un collyre... Et nous voyons l'Éternité.

Georges Rodenbach -Le miroir du ciel natal-1898

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31 août 2007

A la rencontre de l'écriture

En octobre 2006,  se manifestait, dans mes commentaires, une certaine Amarulla qui m’est apparue rapidement comme une fille exotique, voyageuse et attirée par mes portes de "l’écriture traverse tout, même les portes fermées". Sur son blog, elle écrivait des textes qui ne laissaient pas indifférent mais qui ont dérouté plus d’un lecteur. Les mois passaient, -Fenêtres sur la cour- avait son rythme de croisière et telle, une compagne de voyage, Amarulla était à mes côtés, lorsque le billet parlait de l’Afrique, de voyages, de passé, d’ailleurs.

zanzibarAmarulla m'écrivait quelques messages, du genre : J’ai vu de splendides portes à Zanzibar.  J'ai tant de mal à vivre dans les brumes de l’hiver. (…) safaris en Tanzanie où j'ai vécu trois ans, il n'y a rien de plus beau que ce silence de la savane dans l'attente de voir surgir quelque animal, peut-être celui du désert et de son sable orange. Et je lui répondais : alors toi aussi, tu es une aventurière... exilée dans la froideur du nord; moi, je n'en suis qu'une petite, avec mes rêves et mes mots... bientôt, je vous emmènerai dans le sable orange du désert.

Amarulla continuait : Quel plaisir de retrouver ici les portes et les amoureux de l’Afrique. (...) Le silence du désert, le sable orange et immaculé… Et rien d'autre. C'est là qu'on devient mystique. Et plus tard : Ce que j'ai adoré en Toscane, ce sont les cyprès. Ils donnent une telle impression de calme et de tranquillité. A la lecture de mon enfance africaine : (...) J’ai pris aussi le Brazza en 1960, un peu plus longtemps puisque nous allions à Douala. A l'arrivée deux 2CV et nous avons fait la piste qui menait jusqu'à Yaoundé, mon père et mon frère dans une voiture, ma mère et moi dans l'autre, en pleine saison des pluies. A l'arrivée, personne ne voulait croire que nous étions venus par la route ! (...)
Et encore plus tard: Autres souvenirs : sur le trajet entre Tananarive et Tamatave, lequel prenait toute la journée, nous descendions parfois pour courir à côté du train ... Récemment: Finalement je n'aime pas les saisons, je ne rêve que d'un éternel été. Oui, je sais ...

Si ce n’était pas une voyageuse, une aventurière… cette Amarulla !
Et voilà qu’un jour, sur mail, je lui dis qu’elle devrait écrire toutes ces histoires... Tout simplement, Amarulla me répond qu’en juin, est édité un livre qu’elle se ferait un plaisir de m’envoyer. Au moment dit, fin juin, je reçois un colis, un livre –La solitude du Gillain-Barré- Amarulla me précise que cela lui est arrivé, il y a vingt ans et ce sera tout…

Après la lecture du livre, il y eu quelques mails et un coup de téléphone… Amarulla s’est peu dévoilée et je n’ai pas cherché à démasquer la voyageuse, l’aventurière et surtout l’écrivaine. Tous ces petits mots, ces commentaires pour finalement rencontrer une chic fille, dont les derniers messages furent : C'est si joliment dit, on se sent bien d'être ton amie. (...) Je quitte bientôt la pluie pour une nuit dans le ciel et au petit matin la splendeur de l'hémisphère sud… So long… Je lui répondis, le jour de son départ: Bon voyage, Amarulla et à bientôt de tes nouvelles; je laisse les fenêtres grandes ouvertes sur cette partie du monde et espère que tu y trouveras une cabane... pour y écrire encore et encore.

Et ces jours-ci, sur son blog, nous pouvons lire :   J’ai enfin retrouvé le bruissement des alizés dans les palmes. La terre est si douce auprès de la mer ...

Texte de caroline_8 et d'Amarulla et photo TrekEarth

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09 août 2007

Le long de la mer, des cabanes...

des_cabanesLe soleil de la matinée est encore timide, le vent est un peu frais : la pluie est tombée toute la nuit et le sable est très humide. Des cabanes de couleurs sont alignées face à la mer ; il y a foule à quelques pâtés de maisons, au dessus de la rue des Bains : c’est jour de marché, mais là, sur les planches, il n’y a personne… que moi, regardant les cabanes aux portes bien verrouillées, ne laissant rien paraître de leur contenu.

A leur image, j’ai dans la tête, bien enfouis, les mots de ces instants, les couleurs délavées de cet été qui n’en est pas un, les disparitions successives d’hommes aimés et respectés, la terre et son climat bouleversé, insensé et meurtrier, la fermeture inattendue et parfois dramatique de blogs, l’absence des amies lectrices, des sœurs d’esprit… et ce soleil qui a disparu de nos vies ; pas d’envie, ne sais plus, ne peut plus.

Pour moi, les cabanes de l’écriture sont restées désespérément fermées. Et il me faudra du temps pour retrouver le chemin de l'écrit...

Texte et photo de caroline_8

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02 juillet 2007

Cette maison, elle est devenue celle de l'écriture

bouton_de_porteA la porte d’une maison vivante, il y a une poignée ; on y entre, on y habite. Elle sert aussi bien à fermer qu’à ouvrir. (…) La poignée ouvre plus qu’elle ne ferme. La clef ferme plus qu’elle n’ouvre. Gaston Bachelard -La poétique de l’espace- A la porte de ma maison, je n’y ai mis ni serrure, ni clef ; tournons simplement la poignée et entrons ensembles…a1

La maison, plus encore qu’un paysage, est un état d’âme, mon état d’âme, elle dit une intimité, mon intimité. Toute à la création, avec les mots [qui] sont de petites maisons, avec cave et grenier et dans scènes d'intérieur, je passe de pièce en pièce, à la recherche de ce qu’il y a de plus intime ; je pousse une porte close ou entr’ouverte sur la vie, l'homme est l'être entr'ouvert, sur ma vie et parfois je reste sur le seuil de la porte pour mieux profiter de l’instant ou parce que j’hésite un peu : ce n’est pas encore le moment.

a2J’ouvre assez vite des fenêtres sur la cour, sur des rues, des villes ou des bords de mer, sur vous et sur vos lieux, que j’aime. Voyageons ensembles.
Je m’embarque quelquefois sur un cargo ou marche d’un bon pas
sur la route… encore vers d’autres, vers l’inconnu qui me fascine, qui me séduit ; et parfois, je vais tellement loin que je suis comme hors des sentiers, je remonte le temps, je grimpe vers le grenier, vers mon enfance africaine. L’escalier du grenier a le signe de l’ascension vers la plus tranquille solitude.IMG_0782

Apaisée, je vous envoie quelque billet du soir, quelque note de lectures ou sous ma lampe [qui] à la fenêtre est l’œil de la maison et d’un petit carnet, je vous murmure mes confidences passées.
Comme des amies de longues dates, elles… m’accompagnent au quotidien et je les invite jusque dans la cabane où (...) dans la solitude de [ma] lampe, bref tout voir, tout penser, tout dire, tout écrire en existence première.

la_solitude_de_l__criture_fLa porte… il suffira de [la] pousser si doucement ! (…) Alors un destin se dessine. Et comme ce serait bon, de commencer à vivre en écrivant ! Naître dans l’écriture, par l’écriture. Ecrivons ensembles. (...) devant la page blanche placée sur la table à la juste distance de ma lampe, (...) je suis vraiment à ma table d'existence. A ma table d'écriture. Dans ma maison. A mes Fenêtres sur la cour.

-C'est dans une maison qu'on est seul. (...) Mais dans la maison, on est si seul qu'on en est égaré quelquefois(...) Seule. Et pour écrire des livres(...) Ce que je peux dire, c'est que la sorte de solitude de la maison a été faite par moi. Pour moi. Et que c'est seulement dans cette maison que je suis seule. Pour écrire. Marguerite Duras -Ecrire-

Mon texte est inspiré de la lecture de -La flamme de la chandelle- et de -La poétique de l'espace- de Gaston Bachelard, lectures découvertes grâce à Béatrix qui m'a ainsi permise d'ouvrir la porte devant laquelle j'étais depuis trop lontemps et  d'avancer dans mon écriture.  Et puis Marguerite Duras n'est jamais loin.

Texte de caroline_8 et illustrations de la bannière: CLIC sur  le pastel à huile "La solitude de l'écriture face à la mer" 1995 de caroline_8.

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15 juin 2007

Dans la cabane d'un poète en exil

Difficile de construire la maison d’un poème,
construire sa cabane
ou lui donner une patrie.

Nous, ceux du sphynx cassé,lapo2897
nous n’avons pas de maison,
ni patrie, ni cabane ;
nous, sur la plage,
nous réchauffons simplement un poème
dans les nuits de froidure.

Quelquefois, nous aimerions trouver
un foyer allumé, prendre un café
et toucher le petit doigt de Dieu.
Quelquefois, on aimerait donner un enfant au poème
ou ravauder le vers d’un violon
pour faire une symphonie
là où nous volons un baiser au poème
avant de nous coucher dans les vers.

Ah ! pas facile de faire rêver le poète.

Extraits de La palabra ardiente de Francisco Azuela - Mythe sans voix et Image du site de photos de Jef Maion stock.

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